Éléments à retenir pour les communautés
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Quand des organismes autochtones mènent les efforts visant à réduire l’itinérance, la culture, la communauté et l’appartenance se tissent naturellement aux résultats.
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Plusieurs personnes incarcérées n’ont pas de logement permanent et se retrouvent en situation d’itinérance à leur libération : que ce soit dans des refuges, dans la rue ou d’un divan à l’autre. Le projet du FIRI de Miywasin remédie aux lacunes systémiques grâce à une gestion de cas intensive, à des fonds de stabilisation de logement et à la connexion culturelle et communautaire. Cette approche semble favoriser la stabilité en matière de logement et la rétention.
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Le centre d’amitié Miywasin a intégré une évaluation du bien-être culturel à son processus d’intégration. Cela aide les gens à établir un lien avec des soutiens qui contribuent à leur sentiment d’appartenance.
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La flexibilité dans la conception et la mise en œuvre d’un projet est cruciale dans le travail visant à réduire l’itinérance, en particulier en réponse aux évolutions constantes des circonstances locales. Face à des changements continus du système provincial de détentions provisoires, Miywasin a adapté son projet afin de combler d’autres lacunes, telles que l’itinérance après une hospitalisation, un traitement ou la fin des services aux familles.
Pour Mark*, le programme de stabilisation de logement à la suite d’une détention provisoire mené par des personnes autochtones, Roots & Roofs, est arrivé dans sa vie au moment le plus opportun.
L’homme de 56 ans avait travaillé en Colombie-Britannique et en Alberta pendant des décennies et avait vécu par intermittence à Medicine Hat pendant les 15 dernières années.
Cette année a toutefois été particulièrement éprouvante.
Son employeur a perdu un contrat et a dû le licencier ; il s’est retrouvé soudainement sans emploi, une situation inédite pour lui depuis l’âge de 14 ans. Sans famille, sans revenu et sans logement fourni par la compagnie, Mark n’avait pas de chez-soi. Il n’arrivait pas à trouver un autre travail.
Il est tombé malade. Un médecin lui a prescrit un examen pour une tache pulmonaire. Son frère est décédé un mois avant Noël.
« Du jour au lendemain, ça peut arriver à n’importe qui. À n’importe qui. Tu tombes malade, tu perds ton travail et tu te retrouves sans revenu. C’est terrifiant », admet-il.
En décembre, la police de Medicine Hat a arrêté Mark dans la roulotte où il vivait pour avoir troublé la paix. Il a été conduit au centre de détention provisoire, qui est un établissement où les gens sont détenus en attendant le déroulement de leur procès et la détermination de leurs peines.
« Quand j’ai été libéré trois semaines plus tard, je n’avais plus rien. Nulle part où aller. Pas d’argent. Tout ce que je possédais, c’étaient les vêtements que je portais », précise-t-il.
Il a été libéré de la détention provisoire sans inculpation et s’est retrouvé en situation d’itinérance. Il a vécu sur le divan d’un ami pendant un mois.
Mark a ensuite été dirigé vers Roots & Roofs. En février, il accédait déjà à des ressources communautaires et à une aide au revenu. Il a même trouvé un appartement dont le loyer lui était abordable.
« Quand j’ai rencontré Alyssa [la coordonnatrice du programme], elle a comme libéré mes épaules de tout le poids qu’elles portaient… elle a vraiment fait tout ce qu’elle a pu pour moi. Tout ce qu’elle a pu », raconte Mark, la larme à l’œil.
« Je retrouve ma dignité, ma fierté, j’ai le sentiment de faire à nouveau partie de la communauté. Je suis très reconnaissant. »
La stabilité en matière de logement va au-delà du simple toit
Mark fut la première personne logée grâce à Roots & Roofs. Ce projet a été lancé en janvier 2026 et se poursuivra pendant un an. Il s’agit d’un partenariat entre le centre d’amitié Miywasin, l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI) et le Conseil national autochtone sur le sans-abrisme (CNASA), une coalition d’entités communautaires et de comités consultatifs dirigés par des personnes autochtones à travers le Canada.
Roots & Roofs a reçu 368 998 $ du Fonds d’innovation pour réduire l’itinérance (FIRI), un fonds fédéral de 45 millions de dollars géré par l’ACMFI qui soutient les projets d’amélioration fondés sur les données visant à réduire l’itinérance de façon mesurable dans la population. Le programme compile également les apprentissages pouvant appuyer les efforts dans la même direction ailleurs au pays.
L’objectif de Roots & Roofs est de réduire l’itinérance en augmentant la quantité mensuelle de personnes qui emménagent dans des logements à Medicine Hat, en se concentrant plus particulièrement sur les personnes libérées d’un centre de détention provisoire.
Selon le cadre fédéral visant à réduire la récidive de 2022, 30 % des personnes libérées d’établissements correctionnels canadiens se retrouveront en situation d’itinérance dans les deux ans suivant leur libération. Les gens libérés sans logement stable et sécuritaire ont d’ailleurs plus de chances d’être à nouveau confrontés à des démêlés avec la justice.
« La stabilité en matière de logement va bien au-delà de la simple présence d’un toit… À long terme, elle est beaucoup plus probable quand les gens sont soutenus de façon holistique et se sentent inclus et valorisés dans une communauté où ils ressentent une appartenance », indique Holly Gould, gérante de programme chez Miywasin.
Les résultats préliminaires témoignent de l’importance de l’appartenance culturelle
Le projet innove dans la manière dont il se concentre sur la connexion à la communauté et à la culture comme facette clé dans l’aide à maintenir un logement et à prévenir un retour en itinérance.
Les personnes participantes se soumettent à une évaluation standard du logement et des besoins, ainsi qu’à une évaluation du bien-être culturel ancrée dans les notions autochtones du bien-être, de l’appartenance et de la connexion communautaire.
Un·e responsable des cas graves les aiguille vers des services et programmes culturels existants dans la collectivité pour soutenir la guérison tout en travaillant avec ces personnes pour leur trouver un logement sécuritaire et stable. Une aide au loyer est offerte pendant six mois pour alléger la charge financière et pour compenser la période sans revenu que les gens traversent en sortant d’une détention provisoire.
Les résultats préliminaires révèlent des améliorations systémiques prometteuses. Au cours des huit premiers mois de Roots & Roofs, une seule personne participante a connu une récidive en détention provisoire. 
La majorité des personnes participantes qui ont trouvé un logement ont été capables de le maintenir : 86 % d’entre elles demeurent logées après avoir obtenu un soutien pour sortir de l’itinérance.
Il s’agit d’une leçon importante pour Medicine Hat, alors que la collectivité travaille à continuellement améliorer son système de gestion de l’itinérance et à prévenir le retour en situation d’itinérance des personnes qu’elle loge.
Depuis le début du projet, en janvier, une moyenne mensuelle de deux personnes de moins se retrouve à nouveau en situation d’itinérance après avoir trouvé un logement. Cette moyenne est ainsi passée de 8,6 à 6,5 personnes à partir du mois d’août 2026.
« La stabilité en matière de logement devient possible quand les gens ont accès à leur culture, à leur alimentation et à leurs remèdes traditionnels, à leurs cérémonies et à leurs pratiques de connexion avec la terre, à leurs Aîné·e·s et Gardien·ne·s du savoir et à une communauté dans laquelle ils se sentent accueillis et valorisés », souligne Gould.
Plus les gens passent du temps au sein de Roots & Roofs, plus leur implication au sein de leur communauté et des activités culturelles s’approfondit, qu’ils soient autochtones ou non, ajoute Gould.
Le projet démontre les répercussions plus larges que les organismes menés par des personnes autochtones peuvent avoir dans la réduction et la résolution de l’itinérance quand les gens bénéficient des ressources adéquates, avance Francisco Urrutia, conseiller en amélioration de l’ACMFI responsable de Medicine Hat.
« Miywasin incorpore des visions du monde et des perspectives autochtones pour améliorer le fonctionnement du système entier de gestion de l’itinérance dans la communauté », poursuit Urrutia.
Mené par des personnes autochtones dès le départ
Roots & Roofs est le premier projet du FIRI au Canada à être piloté par une entité communautaire autochtone. Le projet a été élaboré, suggéré et géré par Miywasin dès le début, avec l’appui du CNASA pour cartographier la manière dont les données circulent au sein du système local de gestion de l’itinérance et pour explorer des approches pour renforcer la gouvernance, les rôles et les relations en lien avec les données autochtones.
Miywasin travaille en étroite collaboration avec Medicine Hat Community Housing Society, l’entité communautaire désignée. MHCHS fournit un soutien en matière de données pour aider à mesurer les retombées du projet au niveau systémique. Les deux organisations entretiennent une relation de travail solide et répondent conjointement aux besoins liés au logement et à l’itinérance dans la communauté.
« Les communautés autochtones savent ce dont les personnes autochtones ont besoin, assure Gould. Le savoir et les façons d’être autochtones ne peuvent être ajoutés à mi-chemin ou à la fin d’un projet et être pleinement intégrés. »
« Quand les personnes autochtones mènent le travail dès le départ, la culture, la communauté et l’appartenance sont tissées dans toutes les facettes du projet. »
Les personnes autochtones sont nettement surreprésentées dans la population en situation d’itinérance et dans celle qui est incarcérée.
Près de 32 % de toutes les personnes incarcérées au Canada sont autochtones, selon le rapport annuel 2023 du Bureau de l’enquêteur correctionnel. C’est une augmentation de 23 % par rapport à 2013.
Selon le dénombrement ponctuel de 2024, près du tiers (30 %) de toutes les personnes en situation d’itinérance au Canada sont autochtones, ce qui correspond à six fois la proportion de personnes autochtones dans l’ensemble de la population canadienne. De plus, la proportion de personnes autochtones en situation d’itinérance hors refuge (40 %) ou cachée (46 %) était encore plus importante.
La surreprésentation des personnes autochtones tant dans l’itinérance que dans les contextes correctionnels ne peut être considérée séparément des répercussions plus larges du colonialisme et des perturbations dans leurs relations, leurs familles, leurs cultures, leurs communautés et leurs territoires.
« Nous reconnaissons, comme l’universitaire autochtone Jesse Thistle le décrit, que l’itinérance autochtone n’est pas que l’absence d’un logement. C’est aussi la perte de relations à la famille, à la culture, à la communauté et au territoire », cite Gould.
« Bien que ce projet soit mené par des personnes autochtones et ancré dans des façons d’être distinctement autochtones, ces leçons bénéficient à tout le monde. Le projet accueille des personnes participantes autochtones et allochtones et nous constatons manifestement que la connexion à la culture, à la communauté, à la cérémonie et au bien-être holistique renforce la capacité à guérir et à maintenir un logement », note Gould.
Le projet s’adapte et s’améliore en cours de route
L’itinérance est un phénomène dynamique et complexe ; les projets du FIRI servent à trouver les solutions qui fonctionnent.
Ce projet a démontré que la connexion à la culture et à la communauté améliore la stabilité en matière de logement, surtout pour les personnes libérées d’une détention provisoire.
Tout au long du processus, Miywasin a dû apporter des modifications et s’adapter afin d’atteindre son objectif : accroître le nombre de personnes qui emménagent dans un logement permanent, malgré les changements dans le paysage politique et les tensions dans les conditions du marché locatif. Il y a également eu plusieurs changements récents dans les programmes d’aide au revenu provinciaux qui ont réduit les revenus fixes disponibles aux personnes âgées, aux personnes sans emploi et aux personnes en situation de handicap.
« Même quand je soutiens des personnes ayant des revenus mensuels plus élevés, c’est vraiment difficile de trouver un logement. L’aspect financier est un élément, mais la stigmatisation en est un autre », affirme Alyssa Roads, la coordonnatrice de programme de Roots & Roofs.

Alyssa Roads est la coordonnatrice de programme de Roots & Roofs.
« Beaucoup de propriétaires ont une réticence face à l’idée de louer à des gens qui bénéficient de l’aide sociale ou de soutiens communautaires… et pour les personnes libérées d’une détention provisoire, par exemple, il y a un fossé dans l’historique de logement. Ici, l’historique de logement et les références sont exigés partout », ajoute-t-elle.
Il y a également eu des changements à l’échelle de la province en ce qui a trait au système correctionnel et de détention provisoire. Ces changements ont complexifié les avenues habituelles d’aiguillage, ce qui complique l’accès aux gens en amont de leur libération qui les laisse en situation d’itinérance.
En août 2026, l’ACMFI a publié une étude novatrice qui démontre le lien entre l’abordabilité du logement, les taux d’inoccupation et l’itinérance.
À Medicine Hat, les conditions du marché pour les logements les plus abordables s’empirent progressivement, selon une analyse de l’ACMFI des données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).
De 2023 à 2025, le prix du loyer mensuel moyen pour les logements les plus abordables a augmenté de 14,3 % (740 $ à 857 $). Pendant la même période, le taux d’inoccupation de ces logements a chuté à 0,5 %, comparativement à 2,7 % seulement deux ans auparavant.
En pratique, cela signifie qu’il est incroyablement difficile de trouver des logements abordables à Medicine Hat et d’augmenter les emménagements des personnes cherchant à sortir de l’itinérance, résume Roads. 
Mais dans une optique d’amélioration continue et avec l’accompagnement des conseiller·e·s en amélioration de l’ACMFI, l’équipe du projet de Miywasin a mis à l’essai de petits changements pour améliorer leurs résultats.
Malgré les faibles taux d’inoccupation, Roads a su dénicher des propriétaires privés disposés à faire des personnes recevant une aide au revenu leur priorité. Elle a également été en mesure de diriger des gens vers des organismes communautaires variés pour augmenter leurs revenus et remédier aux obstacles à l’emploi.
L’équipe du projet Roots & Roofs a également travaillé avec d’autres organismes pour optimiser les avenues de recommandation vers le programme Roots & Roofs à partir d’autres contextes institutionnels, comme le secteur de la santé, les programmes de traitement et les services à l’enfance et à la famille.
« Ce projet a surmonté de nombreux obstacles hors de son contrôle. Miywasin a toutefois su faire preuve de flexibilité, changer de cap face à de nouvelles difficultés et adapter le projet pour intégrer les leçons apprises au sujet de leur système de logement », explique Urrutia.
Le projet pilote du FIRI de Miywasin s’achèvera en décembre 2026, mais les apprentissages et les améliorations apportées à leur système, quant à eux, se poursuivront.
« Roots & Roofs aide à créer une gestion de l’itinérance mieux coordonnée, plus efficace et mieux culturellement adaptée à Medicine Hat et dans la région. Ainsi, le projet démontre l’inestimable valeur d’approches menées par des personnes autochtones et culturellement sécuritaires à la prévention de l’itinérance », conclut Roads.
*Cette Éclaircie a été financée par le gouvernement du Canada.