
Linda MacMillan consacre la majeure partie de ses journées à sillonner Ottawa : elle visite des ressources en hébergement, des centres de jour, des organismes de proximité, des campements et les logements des gens.
En tant que travailleuse sociale spécialiste en assistance individuelle des ancien·ne·s combattant·e·s pour la municipalité, MacMillan aide les ancien·ne·s membres des Forces armées canadiennes et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui n’ont pas de logement stable, permanent ou adéquat.
« Ce sont des personnes qui ont servi notre pays. Elles ont droit à des avantages et à des soutiens prioritaires en raison de leur service, mais plusieurs n’en ont aucune idée et se retrouvent dans la rue ou en situation d’itinérance pour une raison ou une autre », explique MacMillan.
« Ces gens devraient bénéficier de ce soutien et je pense que c’est ce sur quoi Ottawa a travaillé. En tant que ville, nous avons déterminé que cette population avait besoin d’un coup de main supplémentaire », ajoute-t-elle.
« Je suis là pour montrer aux gens toutes les avenues qui s’offrent à eux, pour mobiliser les gens dans des situations complexes et pour trouver des solutions de logement adaptées. »
Le poste de travailleuse sociale spécialiste en assistance individuelle des ancien·ne·s combattant·e·s est subventionné par la ville et tenu par l’organisme La mission d’Ottawa, mais MacMillan collabore avec tous les services d’hébergement et les organismes de soutien aux ancien·ne·s combattant·e·s à Ottawa afin d’identifier et de soutenir les ancien·ne·s combattant·e·s en situation d’itinérance.
Il s’agit d’une de plusieurs initiatives mises en place par la ville d’Ottawa depuis ses premiers pas vers la résolution de l’itinérance chez les ancien·ne·s combattant·e·s, qui a été établie comme priorité en 2020.
En effet, à l’automne 2020, le Conseil municipal d’Ottawa a créé un groupe de travail sur les ancien·ne·s combattant·e·s et un groupe de travail sur le logement chez les ancien·ne·s combattant·e·s pour identifier les ancien·ne·s combattant·e·s en situation d’itinérance et pour les loger. Près de deux douzaines d’organismes se sont joints à ces groupes. *
La municipalité s’est alliée à plus de vingt communautés qui participent à la cohorte sur la communauté des ancien·ne·s combattant·e·s du programme Prêt pour zéro Canada (PPZ-C) de l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance. Cette cohorte rassemble des villes à travers le Canada qui ont mis en œuvre des approches coordonnées pour remédier à l’itinérance chez les ancien·ne·s combattant·e·s, avec le soutien d’Anciens combattants Canada.
Les communautés dans la cohorte peuvent établir des liens avec des pairs partout au pays pour échanger des apprentissages et recevoir un accompagnement adapté sur les stratégies et les pratiques exemplaires pour mettre fin à l’itinérance chez les ancien·ne·s combattant·e·s.
Identifier les ancien·ne·s combattant·e·s en situation d’itinérance
Après avoir rassemblé ces ressources et tissé ces liens, Ottawa est passé à l’étape suivante : comprendre combien d’ancien·ne·s combattant·e·s sont activement en situation d’itinérance.
À l’automne 2024, la ville a effectué un dénombrement ponctuel et découvert qu’il y avait 2952 personnes en situation d’itinérance. Parmi les personnes identifiées (2952), environ 4 % ont indiqué avoir été militaire ou dans la GRC.
Cet aperçu instantané s’est avéré utile, mais, pour réellement comprendre le problème, Ottawa avait besoin de données individualisées en temps réel sur tous·tes les ancien·ne·s combattant·e·s activement en situation d’itinérance. Cela étant dit, identifier les ancien·ne·s combattant·e·s n’est pas une tâche simple.
« Je constate souvent un sentiment de dévalorisation de soi : les gens qui n’ont été dans l’armée que pendant une courte période, ou qui y ont été il y a 20 ans pendant leur jeunesse ont l’impression de ne pas mériter l’accès à ces ressources ou ne veulent pas prendre celles des autres », explique MacMillan.

Linda MacMillan
Le groupe de travail sur les ancien·ne·s combattant·e·s a commencé à poser des questions précises, comme « avez-vous servi dans l’armée canadienne ou dans la GRC ? » ou « avez-vous participé à l’entraînement de base ? » pour clarifier les conversations avec les personnes qui ne pensent peut-être pas que leurs expériences leur donnent droit aux avantages prévus pour les ancien·ne·s combattant·e·s.
Le groupe de travail a créé un formulaire de consentement pour les ancien·ne·s combattant·e·s qui facilite la communication entre les différents services.
En 2022, le groupe de travail sur le logement chez les ancien·ne·s combattant·e·s a commencé à transmettre des données à PPZ-C. En juin 2023, Ottawa disposait de données de base de qualité confirmée par PPZ-C, ce qui signifie qu’Ottawa avait un aperçu mensuel de la quantité totale des ancien·ne·s combattant·e·s en situation d’itinérance en plus de données sur les personnes en temps réel permettant d’assurer un suivi et de les soutenir dans les étapes vers l’accès à un logement.
En s’appuyant sur le programme de formation sur le renforcement de la capacité communautaire des services de logements de la ville d’Ottawa, un module de formation dédié au contexte particulier des ancien·ne·s combattant·e·s a été créé pour renforcer les compétences au sein du secteur et mieux soutenir cette population.
MacMillan continue de renforcer la capacité de la communauté à identifier les ancien·ne·s combattant·e·s en mobilisant des organismes qui soutiennent les personnes en situation d’itinérance et en élargissant les avenues de référence communautaires.
Du soutien en continu pour aider les gens à trouver un logement et à le maintenir
Une fois qu’un·e ancien·ne combattant·e a été identifié·e et que le contact a été établi avec MacMillan, elle l’aide dans sa démarche de recherche de logement. Cela peut notamment comprendre de l’aide dans l’obtention de documents comme le certificat de naissance, la production d’une déclaration d’impôts, déterminer si un soutien au revenu est nécessaire et mettre la personne en lien avec toutes les ressources dont elle pourrait avoir besoin.
Le processus consiste à déterminer quel type de logement convient à chaque ancien·ne combattant·e, comme les logements avec services de soutien, à loyer indexé sur le revenu ou du marché privé avec ou sans allocation ou prestation pour le logement afin d’assurer son abordabilité.
La travailleuse sociale spécialiste en assistance individuelle des ancien·ne·s combattant·e·s a un appel bimensuel avec la ville d’Ottawa pour parler de la situation de chaque ancien·ne combattant·e, identifier les logements et services de soutien disponibles et travailler de concert pour éliminer les barrières qui entravent l’accès aux ressources.
MacMillan soutient habituellement entre 20 et 30 ancien·ne·s combattant·e·s à la fois.
« J’ai tendance à avoir un volume de cas plus petit que celui d’autres spécialistes en assistance individuelle, qui peuvent avoir jusqu’à 70 ou 80 personnes assignées », admet-elle.
Cela permet à MacMillan de profiter de plus de temps pour soutenir les ancien·ne·s combattant·e·s une fois qu’iels sont logé·e·s pour s’assurer que la situation est adéquate. En effet, le premier logement ne convient pas toujours.
MacMillan a aidé un ancien combattant à trouver un logement indexé sur le revenu dans un immeuble pour personnes âgées et le visitait chaque semaine pour voir comment il s’ajustait à l’environnement.
« Il avait des réticences à l’égard des services de soutien, donc il a décidé de tenter l’expérience de l’autonomie. Après un certain temps, il m’a dit, “Je ne pense pas que ça fonctionne” », raconte MacMillan.
Elle l’a donc inscrit sur une liste prioritaire et il a pu accéder à un logement avec services de soutien où il bénéficie d’un accès au personnel 24 heures sur 24, d’une gestion de la pharmacothérapie et d’autres services.
« Même si son premier logement n’a pas fonctionné, il n’a jamais été abandonné. Je continuais à le visiter régulièrement jusqu’à ce qu’il soit pris en charge par le niveau suivant de soutien », explique MacMillan, avant d’ajouter que le soutien en continu après son accès à un logement a permis au client d’éviter de se retrouver à nouveau en situation d’itinérance.
« Avoir une personne responsable de l’accompagnement des ancien·ne·s combattant·e·s avec assurance et de manière réellement ciblée, une personne dans la communauté à la recherche de ces ressources, je pense que ça fait toute la différence », affirme MacMillan.
Le besoin d’un plus grand nombre de logements offrant des services de soutien
Depuis la création du poste de spécialiste en assistance individuelle des ancien·ne·s combattant·e·s en novembre 2021, l’initiative a aidé à loger 28 ancien·ne·s combattant·e·s.
En septembre 2025, 37 ancien·ne·s combattant·e·s auto-identifié·e·s sont en situation d’itinérance à Ottawa.
Le nombre fluctue alors que certaines personnes accèdent à un logement, tandis que d’autres demeurent sur des listes d’attente ou se déplacent vers d’autres communautés. Pendant ce temps, d’autres ancien·ne·s combattant·e·s se retrouvent en situation d’itinérance et font la connaissance de MacMillan.
Au bout du compte, MacMillan affirme qu’il y a une chose qui l’aiderait réellement dans son travail.
« Nous avons besoin d’une plus grande quantité de logements abordables et de logements avec services de soutien », souligne-t-elle.
Les retombées de la construction de nouveaux logements sont immédiates et limpides. En février 2021, le bâtiment Andy Carswell de la Maison du vétéran Canada a ouvert ses portes à Ottawa. Il s’agit d’un projet de logements permanents, abordables et avec services de soutien. Il compte 40 studios dédiés aux ancien·ne·s combattant·e·s en situation d’itinérance avec des soutiens complets, dont des services de santé mentale et physique.
Plus de 75 ancien·ne·s combattant·e·s de partout au Canada en situation d’itinérance ou à risque de le devenir ont été logé·e·s dans le bâtiment Andy Carswell depuis son ouverture, mais des douzaines d’autres demeurent sur la liste d’attente.
« La ville est vraiment bonne pour prioriser les ancien·ne·s combattant·e·s dans le besoin, mais je ne peux pas contrôler quand les gens accèdent à un logement parce que cela dépend des capacités des fournisseurs de logements et de la disponibilité des logements », ajoute MacMillan.
Finalement, la ville se fixe une seule cible : absolument aucun·e ancien·ne combattant·e en situation d’itinérance. Le travail pour atteindre cet objectif continue.
*Les organismes membres du groupe de travail sur le logement chez les ancien·ne·s combattant·e·s comprennent : Maison du vétéran Canada, la Légion royale canadienne, Anciens combattants Canada, Ottawa Innercity Ministries — Veterans Outreach and Support, Ottawa Mission — Veteran Case Management Program, Wabano Centre for Aboriginal Health, l’Armée du salut, les Bergers de l’espoir, Cornerstone — Le Pilier logements pour femmes, VETS Canada, et Soldats dans la rue.