
La plupart des personnes en situation d’itinérance ne veulent qu’un chez-soi abordable qui répond à leurs besoins.
Les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou physique, ou encore des enjeux de consommation, auront besoin de soutiens pour se rétablir. Les soutiens relatifs au logement, notamment, peuvent être fournis au sein de la communauté, dans des logements du marché privé ou dans des logements abordables par l’entremise de programmes de logement d’abord ou de stabilité résidentielle avec accompagnement (SRA), c’est-à-dire des interventions dispersées en SRA.
Toutefois, les personnes ayant des besoins complexes, comme celles souffrant de lésions cérébrales, de troubles cognitifs, de dépendances sévères ou de comorbidités multiples, ont besoin d’un soutien accru dans des logements adaptés.
Voilà ce que nous appelons les logements avec services de soutien.
Plutôt que d’avoir à vivre de façon autonome en recevant une aide additionnelle, un logement avec services de soutien est un immeuble composé de plusieurs appartements offrant un soutien sur place, disponible dans la majorité des cas 24 heures sur 24.
Cela signifie que les personnes ayant besoin de soutiens complets et intensifs en bénéficient en tout temps, directement depuis leur domicile. L’opérateur·rice du logement avec services de soutien, ou la personne « propriétaire », sera souvent plus investi·e à résoudre des problèmes susceptibles de provoquer des difficultés de logement, allant jusqu’à prévenir une éviction.
Les logements avec services de soutien entretiennent la croyance fondamentale que tout le monde mérite un chez-soi sécuritaire et adéquat. Personne ne devrait avoir à mériter son accès à un toit ou à prouver qu’iel est prêt·e à être logé·e en répondant à des conditions préalables. Certains individus ont simplement besoin d’un soutien supplémentaire pour assurer leur sécurité dans leur résidence.
Pour qui ces logements sont-ils conçus ?
Voici les populations qui bénéficient le plus des logements avec services de soutien :
- Les personnes en situation d’itinérance ou à risque important de le devenir ;
- Celles qui ont des besoins complexes et rencontrent donc des obstacles additionnels à la stabilité dans des logements conventionnels ;
- Celles qui ne sont pas suffisamment protégées par les interventions dispersées en SRA, souvent en raison de comportements liés à des enjeux de consommation, à des lésions cérébrales ou à des déficiences intellectuelles ou développementales.
Par-dessus tout, les logements avec services de soutien réduisent les risques de redevenir en situation d’itinérance.
Pourquoi est-ce important ?
1. Pour aider les gens à trouver un chez-soi et à le garder.
Plusieurs personnes en situation d’itinérance chronique ont de longs historiques d’instabilité résidentielle, d’enjeux de santé mentale ou physique et d’autres barrières systémiques, qui sont en outre exacerbés par le traumatisme de l’itinérance.
Un toit stable et des soutiens donnent aux gens la chance de se reconstruire. Par exemple, dans une étude sur des habitats modulaires avec services de soutien à Vancouver, quasiment tous·tes (94 %) les résident·e·s étaient toujours logé·e·s six mois après leur emménagement et 89 % l’étaient toujours un an plus tard. 1
2. Pour améliorer la valorisation de soi, les liens sociaux et la santé
Quand les gens ont un logis et des soutiens, ils peuvent se concentrer sur leur santé, sur leur implication communautaire et sur des activités significatives qui contribuent positivement à leur bien-être.
3. C’est logique d’un point de vue économique
Les logements avec services de soutien constituent non seulement un modèle efficace pour les personnes qui en ont besoin, mais ils permettent également de réduire les frais liés aux interventions d’urgence, comme le transport en ambulance, les services hospitaliers, tout en soulageant la pression sur les systèmes sociaux, de justice et de santé.
Par exemple, à la Dunn House, un établissement résidentiel offrant un soutien de « médecine sociale » en Ontario, le coût mensuel pour loger une personne est évalué à 4000 $. Ce montant est nettement inférieur au coût mensuel pour une personne dans un hôpital public (60 000 $), dans une prison provinciale (15 000 $) ou dans un refuge (6000 $). 2 Selon une étude, les hôpitaux locaux économisent 1,66 million de dollars sur les frais d’hospitalisation pour les 48 résident·e·s qui ont soudainement obtenu un logement et un accès direct à des soins de santé en emménageant dans la Dunn House. Mais surtout, le bâtiment a fourni un logement permanent et des soutiens à 51 personnes qui étaient en situation d’itinérance.
Pourquoi investir dans le logement avec services de soutien : Les coûts mensuels pour loger les personnes en situation d’itinérance ($)

4. Pour assurer la sécurité communautaire
Les logements avec services de soutien offrent un environnement sûr où les personnes en situation d’itinérance peuvent résider. Les personnes ayant des besoins complexes en matière de santé mentale ou en lien avec des problèmes de consommation y bénéficient d’un accès régulier et direct aux soins de santé dont elles ont besoin.
Dans la ville de St Thomas, en Ontario, les appels pour des interventions policières dans le centre-ville ont chuté de 87 % depuis l’ouverture d’un bâtiment de 15 logements avec services de soutien dans ce même secteur. Au lieu de demander à la police de répondre aux crises de santé, qui sont souvent liées à des besoins complexes en santé mentale ou à des problèmes de consommation, les résident·e·s du bâtiment ont désormais un accès direct à des soins de santé sur place. 3
Pour que ce modèle fonctionne, la qualité compte
L’une des difficultés dans l’opération de logements avec services de soutien est l’absence de directives nationales claires. Par conséquent, beaucoup de logements avec services de soutien ne répondent pas aux besoins des résident·e·s, ce qui entraîne un gaspillage de ressources et de temps dans les efforts urgents pour mettre fin à l’itinérance.
Les logements avec services de soutien devraient être explicitement conçus pour les personnes ayant les besoins les plus complexes et à long terme. Cela signifie que les logements devraient répondre à des normes strictes.
Ces normes minimales devraient mettre l’accent sur les principes de SRA. Pour ce faire, les logements doivent :
- Être axés sur les besoins des locataires, en développant et en fournissant des services de soutien et de logement en étroite collaboration avec les locataires ;
- Être accessibles aux locataires aux capacités variées et issu·e·s de contextes divers pour qu’iels puissent s’installer rapidement et maintenir le logement à long terme. Cela implique l’absence de conditions visant à déterminer si la personne est « prête » à avoir un logement, comme prouver qu’elle ne consomme pas de drogues ;
- Distinguer les services de logement des services de soutien, ce qui signifie que la location ne devrait pas dépendre de la participation aux soutiens offerts, qui demeurent à la discrétion des locataires, individualisés et culturellement adaptés ;
- Fonctionner en étroite collaboration avec les organismes qui fournissent des soutiens et des services ; et
- Être conçus et maintenus pour que tous les logements soient sécuritaires, viables et qu’ils offrent des services de haute qualité de manière constante.
Compte tenu de l’investissement considérable dans la construction de logements avec services de soutien à travers le Canada, il est grand temps que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux établissent des normes claires et des objectifs précis en matière de logements permanents avec services de soutien.
Comment y parvenir
Tant que nous n’élargissons pas l’offre de logements avec services de soutien, nous n’avons pas les outils nécessaires pour mettre fin à l’itinérance.
Les efforts déployés par l’initiative Maisons Canada pour privilégier les logements avec services de soutien représentent un premier pas important. Toutefois, avec l’itinérance en hausse, nous devons agir rapidement pour nous assurer que les nouveaux logements sont bien conçus et qu’ils bénéficient de toutes les ressources nécessaires.
Cela signifie que :
- Les paliers gouvernementaux fédéral, provinciaux et territoriaux doivent collaborer pour assurer l’intégration efficace de soutiens et de services dans les nouveaux projets de logements avec services de soutien et dans les projets qui existent déjà. Sans les logements et les soutiens nécessaires pour bâtir une vie stable, des gens risquent de se retrouver dans la rue à nouveau.
- Pour que les investissements dans les logements permanents avec services de soutien portent leurs fruits, il faut établir des normes et des directives fédérales, provinciales et territoriales en se basant sur les principes SRA.
- Les investissements dans les logements avec services de soutien doivent inclure des objectifs clairs et axés sur les résultats pour améliorer la stabilité en matière de logement et réaliser des réductions en itinérance.
- Les partenariats entre les fournisseurs de logements, les organismes de santé et de services sociaux, les organismes communautaires et les services par et pour les personnes autochtones doivent être promus afin d’assurer le fonctionnement du modèle pour des populations diverses.
- Il doit y avoir des campagnes de sensibilisation dans les communautés et les quartiers pour renforcer le soutien, diminuer la stigmatisation et démontrer que les logements avec services de soutien bénéficient à tout le monde, pas seulement à leurs résident·e·s.
Les logements avec services de soutien rendent possible l’accomplissement de la promesse d’un chez-soi, non seulement comme un refuge, mais aussi comme un lieu de guérison, de stabilité, de communauté et de dignité. Pour que le Canada mette réellement fin à l’itinérance, nous devons élargir la portée des logements avec services de soutien. Chaque logement construit, chaque soutien intégré signifie qu’une personne de plus a la chance de bénéficier d’un milieu de vie sécuritaire et de tisser des liens sociaux solides.
Liens pour plus d’informations
Pour en savoir davantage sur la stabilité résidentielle avec accompagnement et sur les normes minimales et les directives qui unissent ces deux outils complémentaires, veuillez consulter les ressources ci-dessous :
- Guide sur l’approche logement d’abord au Canada — Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance
- Logement d’abord : Quelles sont les prochaines étapes — Commission de la santé mentale du Canada
- Quality Supportive Housing Standards — Corporation for Supportive Housing, États-Unis (disponible en anglais seulement)
- Quality Supportive Housing Pre-Development/Planning Checklist — Corporation for Supportive Housing, États-Unis (disponible en anglais seulement)
- Housing First Fidelity Principles Program Evaluation — Pathways to Housing (disponible en anglais seulement)
- Implementing Housing First in Permanent Supportive Housing — United States Interagency Council on Homelessness (disponible en anglais seulement)
- Permanent Supportive Housing Evidence-Based Practices — US Department of Health and Human Services (disponible en anglais seulement)
- Supportive Housing Evidence Briefs — Corporation for Supportive Housing, États-Unis (disponible en anglais seulement)
Notes de fin
1. Insights: What is supportive housing, who is it for, and how does it work?
2. Toronto ER costs, visits by frequent patients reduced with new housing model | CBC News
3. Core police calls plummet after St. Thomas housing facility opened | London Free Press