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Refléter les diverses réalités des femmes dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement du Canada

10 décembre 2018 - 3:25 pm / Blogues
Les nouvelles stratégies en matière de logement et d’itinérance du Canada pourraient entraîner des changements au niveau des systèmes si elles engagent les femmes à expérience vécue à titre d’informatrices clés

 

Blogue invité par Arlene Hache, membre du conseil d’administration de l’ACMFI, co-présidente du conseil consultatif sur l’itinérance chez les femmes et personne à expérience vécue

La première Stratégie nationale sur le logement (la Stratégie) du Canada démontre un engagement renouvelé important du gouvernement fédéral dans le secteur du logement et c’est là une bonne nouvelle pour les femmes qui sont sans abri ou qui connaissent une instabilité du logement. Un chez-soi d’abord insuffle une nouvelle vie dans le secteur du logement et de l’itinérance, ce plan de dix ans donnant des détails sur la façon dont un investissement de 40 milliards aidera 530 000 familles canadiennes qui ont des besoins en logement et réduira l’itinérance chronique de moitié. Jusqu’à 100 000 nouveaux logements seront construits et 300 000 logements seront réparés et rénovés.

La Stratégie donne naissance à une initiative fédérale de lutte contre l’itinérance, Vers un chez-soi, qui sera lancée en avril prochain. Cette nouvelle stratégie de lutte contre l’itinérance sera appuyée par un investissement de 2,2 milliards de dollars sur une période de dix ans, et le total des investissements doubleront pour atteindre 237 millions de dollars par an. Si la Stratégie est entièrement réalisée, le droit au logement sera inscrit dans la loi et un représentant au logement du gouvernement fédéral sera mis en place afin d’assurer que la loi soit promulguée sur le terrain. Un conseil national du logement d’une représentation variée, dont des personnes à expérience vécue, sera créé pour éclairer les changements apportés au système. Une initiative d’aide communautaire aux locataires assistera les femmes immigrées et réfugiées à trouver un logement adéquat et une campagne de sensibilisation du public saura réduire la stigmatisation et la discrimination tout en favorisant les avantages d’une communauté inclusive et des projets de logements.

Comment cela aidera-t-il les femmes?

La Stratégie nationale sur le logement bénéficiera aux femmes puisque ces dernières dirigent au-delà de 50 % des ménages qui ont des besoins impérieux de logement. La Stratégie s’est également engagée à allouer au moins 25 % des 40 milliards de dollars à des projets appuyant les femmes et leurs familles en donnant la priorité aux filles et aux femmes qui fuient la violence. La Stratégie s’engage aussi à élaborer des actions spécifiques qui engageront les femmes à décrire leurs propres expériences à un plus haut niveau et des solutions en matière d’itinérance et d’instabilité du logement. Cela comprendra un symposium annuel sur le logement pour les femmes et des recherches ciblées sur les besoins des femmes en matière de logement. Il reste à voir comment le gouvernement distribuera les fonds de façon à assurer que les femmes puissent en bénéficier et de quelle manière il ciblera spécifiquement les femmes les plus vulnérables qui font face à plusieurs marginalisations ou qui sont invisibles au sein des systèmes traditionnels.

La Stratégie consacre 241 millions de dollars pour renforcer la recherche sur le logement, les données et les modèles visant à identifier les obstacles à l’accès au logement; mesurer et évaluer l’impact des politiques en matière de logement courantes; et cerner les lacunes en matière de recherche. Les priorités de recherche seront axées sur les besoins en logement des populations les plus vulnérables du Canada, ce qui compte les femmes et les enfants qui fuient la violence. La priorité sera donnée à des modèles qui soutiennent des logements abordables durables, éconergétiques, accessibles, adaptés aux aînés et socialement inclusifs (tels que des projets pilotes qui testent des réponses novatrices de logement face à la violence familiale.)

En 2011, 60 % des ménages autochtones dirigés par les femmes à Nunavut vivaient dans des conditions inférieures aux normes domiciliaires. Il n’est pas inhabituel que les rares refuges d’urgence des communautés du Nord servent de logement permanent pour bon nombre de femmes en raison du manque de logements de transition ou de deuxième étape. La Stratégie a identifié que le logement dans le Nord est une grande priorité et l’on s’attend à ce que les initiatives aient des répercussions positives sur les femmes et les ménages autochtones du Nord.

L’Initiative d’aide communautaire aux locataires aidera les femmes immigrantes et refugiées qui sont à la recherche d’un logement adéquat et leur fournira des renseignements sur la négociation des ententes de bail.

L’analyse ACS+ de Condition féminine Canada a été appliquée tout au long de l’élaboration de la Stratégie nationale sur le logement tel que décrit dans le Plan fédéral pour l’égalité entre les sexes et les engagements de la conférence Habitat III des Nations Unies seront employés pour surveiller et évaluer sa mise en œuvre au cours de la prochaine décennie. Bien qu’il soit clair que bon nombre des stratégies auront un impact positif sur les femmes et les filles, il existe néanmoins encore des lacunes dans les connaissances de sorte qu’il sera difficile d’évaluer comment obtenir un impact optimal grâce à cet investissement de 25 %.

Améliorations importantes nécessaires dans la stratégie fédérale de lutte contre l’itinérance

Même si la Stratégie propose des mesures inclusives pour les femmes, il y a toutefois des lacunes dans Vers un chez-soi. La pauvreté, les faibles revenus, la violence conjugale, la violence sexuelle, les problèmes de toxicomanie et les défis de santé mentale et physique représentent plusieurs des nombreux facteurs qui rendent les femmes vulnérables à l’itinérance. Ces facteurs contribuent également à une expérience d’itinérance différente pour les femmes et les hommes, ce qui doit être pris en compte dans le cadre de Vers un chez-soi.

Les personnes qui vivent l’itinérance cachée, ce qui comprend des femmes et filles qui dorment chez des connaissances, qui sont incarcérées, hospitalisées, exploitées sexuellement, en foyer d’accueil, qui vivent dans un logement inadéquat ou non sécuritaire, et vieillissantes dans un logement instable, n’apparaissent actuellement pas dans les statistiques des sans-abri. Vers un chez-soi devra prendre le premier pas très important de développer et d’adopter une définition de l’itinérance qui tient compte des diverses réalités des femmes.

De plus, les secteurs de la violence domestique et de l’itinérance opèrent de manière totalement dissociée et de nombreuses femmes ne sont pas servies ou sont mal servies par les deux secteurs, particulièrement en ce qui a trait aux femmes autochtones et autres femmes aux prises avec plusieurs marginalisations. Le système d’aide à la violence domestique exclue les femmes désignées itinérantes de leurs services. À l’exception d’une poignée de refuges pour femmes sans abri exploités par des femmes, le système d’aide à l’itinérance traditionnel est principalement conçu pour les hommes, ce qui force souvent les femmes qui fuient la violence à s’intégrer dans un milieu mixte qu’elles préfèrent éviter pour des raisons de sécurité. Tant que nous n’aurons pas réglé ce problème structurel, les entités communautaires risquent d’allouer l’investissement de 25 % aux femmes dans le cadre du système d’aide à l’itinérance, passant à côté de la plupart des femmes et probablement de celles qui sont dans le plus grand besoin et qui n’accèdent pas ou ne peuvent pas accéder à ces systèmes.

Vers un chez-soi doit se pencher sur les besoins uniques et spécifiques des femmes qui vivent l’itinérance et abattre les obstacles systémiques qui laissent les femmes sans soutien ou logement.

Bien que le dénombrement ponctuel de 2016 ait révélé que 39 % des répondants qui connaissaient l’itinérance s’identifiaient comme femmes, nous savons que ces données sous-estiment le nombre réel de femmes qui sont sans abri au Canada. C’est pour cette raison que nous devons nous assurer que Vers un chez-soi est mené correctement.

Voici cinq possibilités d’améliorations immédiates qui peuvent être apportées à Vers un chez-soi :

  1. Mettre au point une définition nationale de l’itinérance harmonisée à celle de l’Observatoire canadien sur l’itinérance. Cela indiquerait clairement que le système d’aide aux femmes victimes de violence conjugale et le système de l’itinérance cachée entrent dans le champ d’application et sont admissibles aux fonds de la SPLI et de Vers un chez-soi.
  2. Assurer un engagement structurel à grande échelle des femmes à expérience vécue dans le développement et la surveillance de la mise en œuvre du droit au logement.
  3. Les services devraient d’abord bénéficier aux personnes dans le plus grand besoin, indépendamment du genre, de l’ethnicité ou de leur appartenance à une sous-population. Cela, combiné à une définition de l’itinérance plus inclusive de l’itinérance qui assure que les femmes qui sont actuellement ignorées par les secteurs de l’aide aux femmes victimes de violence et le secteur de l’itinérance sont inclues, signifie que les femmes seront plus visibles et priorisées.
  4. Une définition plus inclusive de l’itinérance devra inclure des données sur le secteur de la violence familiale dans les systèmes de données sur l’itinérance afin de peindre un tableau plus complet de la situation.
  5. Trouver des moyens de faire connaître la manière dont les femmes vivent l’itinérance et progressent au sein des systèmes.