Les Dix essentiels

Afin de mettre fin à l’itinérance, une communauté a besoin d’une stratégie claire, délibérée et détaillée. Les Dix essentiels à un plan réussi pour mettre fin à l’itinérance sont les suivants :

  1. planification;
  2. données, recherches et meilleures pratiques;
  3. un système d’aide coordonné;
  4. revenu;
  5. prévention d’urgence;
  6. prévention à partir des systèmes;
  7. relations communautaires basées sur le logement;
  8. relogement rapide;
  9. services d’aide au logement; et,
  10. logements permanents.

Planification

Des plans communautaires réussis pour mettre fin à l’itinérance sont fondés sur l’expérience; ils ont des résultats tangibles et ambitieux et atteignent des jalons clés; ce sont des documents vivants, éducatifs et adaptifs; ils couvrent les Dix essentiels; et, d’une importance capitale, ce sont les produits d’une procédure communautaire inclusive qui implique les principaux acteurs dans le système d’aide à l’itinérance local, y compris les gens qui ont vécu cette expérience.

Durant la planification, il est important d’avoir des représentants et de recevoir de l’apport de tous les groupes qui jouent un rôle dans l’enjeu, ainsi que de tiers externes informés – les suspects inhabituels. Votre conseil de planification devrait comprendre : des dirigeants politiques et des représentants des trois niveaux gouvernementaux, des chefs d’entreprise, des activistes communautaires, des autochtones, des chefs religieux, des chercheurs, des bailleurs de fonds et des personnes à l’expérience vécue.

Les plans décennaux jettent un défi au statu quo et ne seront pas sans controverses, opposants et discussions difficiles. Ne vous attendez pas à ce que cela se déroule sans accrocs! Votre procédure de planification devrait prévoir des conflits, assurez-vous donc que votre conseil de planification est doté d’une certaine indépendance, de perspectives équilibrées, d’une concentration sur l’action et les résultats, d’une procédure convenue de tous, et surtout qu’il ait une échéance.

Le procédé de planification offre une possibilité unique de liberté de dialogue, de poser un regard neuf sur un vieux problème, d’engager le public et de réengager les partenaires gouvernementaux sur un terrain neutre.

Bon nombre de communautés ont rédigé des plans décennaux avant vous, et vous pouvez vous inspirer de nombreux excellents exemples.

Données, recherches et meilleures pratiques

Étant donné l’étendue écrasante du problème et son apparente complexité, mettre fin à l’itinérance peut sembler être une tâche impossible. Mais grâce aux dernières recherches, à la planification et à l’expérience dans le domaine de l’élimination de l’itinérance au Canada, aux États-Unis, dans l’Union européenne et en Australie, tout ce dont vous avez besoin pour commencer à mettre fin à l’itinérance existe déjà.

Le Canada n’a pas encore de définition de l’itinérance acceptée à l’échelle nationale et il n’existe pas de décompte national fiable du nombre de Canadiens qui sont des sans-abri. Toutefois, chaque communauté possède des informations sur l’itinérance dans le contexte local. La plupart des communautés mènent un recensement deux fois par an, ou ont participé au Système d’information sur les personnes et les familles sans abri exigé par les Ressources humaines et le Développement des compétences Canada dans le cadre de la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance.

Même en l’absence de données locales importantes, on en sait suffisamment au sujet de l’itinérance pour émettre des hypothèses sur l’itinérance locale et la population à risque, ainsi que sur la dynamique de l’itinérance dans votre communauté.

Ceci dit, il est essentiel de mettre en place des moyens efficaces pour rassembler des données sur l’itinérance dans votre communauté et des informations sur le fonctionnement de votre système d’aide aux sans-abri. La création et la mise sur pied d’un Système de gestion de l’information sur les sans-abri (SGIS) au sein de votre communauté est la première étape cruciale de tout plan qui veut mettre fin à l’itinérance.

Un SGIS est un système de collecte de données électronique administré localement qui unifie le système d’aide aux sans-abri. Calgary est la première ville au Canada à s’être dotée d’un SGIS.

Aux États-Unis, où les SGIS ont bénéficiés de 20 ans de développement, plus de 400 communautés les utilisent dorénavant pour coordonner les prestations de services. Ces systèmes SGIS sont des applications de logiciel sur le web qui enregistrent et stockent des informations sur les caractéristiques et les besoins en services des individus et des familles sans abri ou à risque de le devenir.

En rassemblant des renseignements régulièrement, les agences qui desservent les sans-abri peuvent utiliser des outils d’évaluation ordinaires qui associeront un client à des services, coordonneront et superviseront l’assistance fournie par les agences, et finalement, identifieront les possibilités d’amélioration du système dans son ensemble.

Des Plans de 10 ans efficaces découlent de pratiques basées sur l’expérience et de recherches solides. La création d’une capacité de recherche au sein des plans communautaires pour mettre fin à l’itinérance procure des moyens de comprendre la dynamique et l’efficacité de votre système local d’aide aux sans-abri et les besoins des sans-abri ou de ceux à risque dans votre communauté. La recherche fournit également un moyen d’identifier les meilleures pratiques déjà en place qui pourraient être adaptées pour répondre aux besoins de votre communauté.

Une formidable ressource pour les communautés canadiennes est le Rond-point de l’itinérance du Réseau canadien de recherche sur l’itinérance.

Coordonner les systèmes d’aide aux sans-abri pour mettre fin à l’itinérance

Dans chaque communauté, il y a des dizaines, souvent même des centaines de programmes et de systèmes à but non lucratif qui desservent les individus et les familles pauvres sans abri. En général, ces programmes et systèmes sont un ensemble d’interventions d’urgence qui ne sont pas coordonnées pour constituer un système d’aide destiné à mettre fin à l’itinérance.

Un Plan de 10 ans pour mettre fin à l’itinérance réussi organise et coordonne le système d’aide pour veiller à ce que les familles ou les individus sans abri ou à risque aient accès à un logement et aux services d’aide dont ils ont besoin pour qu’ils atteignent l’indépendance le plus rapidement possible. Cela exige souvent un accès immédiat à un logement, une gestion de cas à domicile et des primes promouvant ces résultats.

Un Plan de 10 ans devrait identifier :

  • un point unique d’imputabilité dans la mise en œuvre du Plan;
  • une procédure d’organisation du système, de la planification et de la coordination;
  • une procédure de surveillance de l’efficacité du système d’aide aux sans-abri; et,
  • un plan pour s’adapter aux changements environnementaux, aux connaissances, aux meilleures pratiques et à l’amélioration des informations.

Revenu

Afin de garder un logement, les personnes qui quittent l’itinérance doivent avoir un revenu. Des programmes d’aide financière, dont des soutiens au loyer, sont offerts par les gouvernements provinciaux, et des services d’emploi peuvent aider les anciens sans-abri à acquérir les aptitudes nécessaires pour augmenter leur revenu. Les services courants devraient être utilisés à cette fin.

Prévention d’urgence

La façon la plus économique et efficace de mettre fin à l’itinérance est de l’empêcher de se produire à l’origine. Les sans-abri empruntent une trajectoire prévisible vers l’itinérance. Sur le chemin de l’itinérance, chaque individu ou famille sont entrés en contact avec une personne, un programme ou un système qui aurait pu prévenir leur itinérance.

Pour mettre fin à l’itinérance, les communautés ont besoin d’une stratégie de prévention raisonnée et méthodique qui comprend : la détection précoce; l’aide d’urgence; la coordination des systèmes; des services de logement et de soutien; et un accès au revenu nécessaire pour financer un logement (grâce à un emploi ou à des programmes courants de soutien du revenu, tel que requis). Bon nombre de programmes sociaux existants mettent en rapport des populations vulnérables avec  des services d’urgence, de l’aide financière temporaire et de la gestion de cas. Réfléchissez à des façons de vous intégrer à ces systèmes existants ou adoptez le vôtre.

Prévention à partir des systèmes

De nombreuses personnes succombent à l’itinérance après leur sortie d’institutions d’état, telles la prison et les organismes de protection de la jeunesse. D’autres deviennent des sans-abri à la sortie de programmes de santé mentale et d’autres institutions de soins médicaux. En créant un chemin évident menant à un logement et au soutien à la sortie de ces institutions – sous forme de gestion de cas, d’accès aux services ou aux programmes de soutien au logement – nous pouvons réduire le rôle que jouent les institutions d’état dans la création de l’itinérance.

Interventions basées sur le logement

Un facteur important dans l’élimination de l’itinérance est l’intervention directe auprès des sans-abri. Un composant essentiel de l’intervention directe est la capacité de relier la population des sans-abri au logement et au soutien. Lorsqu’on considère mettre sur pied des efforts d’intervention directe, il est important de comprendre que beaucoup de personnes de la rue sont affectées par des maladies mentales, des accoutumances, et d’autres modèles de comportement négatifs. Il est donc important de considérer des logements à faible demande n’exigeant ni la sobriété, ni des traitements.

Relogement rapide

L’exploration du marché immobilier, surtout au nom de clients à faible revenu et aux besoins élevés, est une tâche difficile. Un système d’aide à l’itinérance réussi est doté d’un personnel de logement qui s’acquitte de cette tâche. Les localisateurs de logements font des recherches sur les marchés immobiliers locaux et établissent des relations avec le propriétaires. Des éléments d’un programme réussi incluent :

  • des primes d’encouragement aux propriétaires pour les inciter à louer aux familles sans abri;
  • un emploi créatif des coupons et des subventions pour accroître l’abordabilité; et,
  • des liens vers les ressources qui aideront les clients à conserver leur logement.

Services d’aide au logement

Beaucoup de services existent déjà dans la communauté. Dans de nombreux cas, les personnes sans abri ont accès aux programmes courants. Il est impératif de mettre les individus et les familles qui sortent de l’itinérance en rapport avec ces programmes pour qu’ils puissent conserver leur indépendance.

Dans un plan communautaire basé sur le programme Priorité au logement (Housing First), une prestation de services de soutien au logement de haute qualité adaptée aux besoins et désirs des clients est une condition de réussite cruciale. Il existe toute une gamme de programmes Priorité au logement qui abordent les besoins des différentes populations, allant du Traitement communautaire assertif à la Gestion de cas intensive. Priorité au logement peut aussi exister au sein de différentes formes de logement, allant des logements disséminés dans le marché des logements locatifs privé, aux logements dans des habitations abordables mixtes, et aux logements supervisés de façon permanente. Le type de logement approprié pour votre client dépendra du choix du client, de ses besoins et du marché de l’immobilier dans votre communauté.

Priorité au logement repose sur quatre éléments de base que vous devriez observer dans votre plan communautaire :

  1. choix et autodétermination du client;
  2. accès immédiat à un logement permanent offrant le soutien nécessaire pour le conserver;
  3. logement qui ne dépend pas de la sobriété ou de la participation à un programme; et,
  4. l’objectif ultime est l’inclusion sociale, l’autonomie et une amélioration de la qualité de vie et de la santé.

Logements permanents

À la base, l’itinérance résulte de l’incapacité de pouvoir se permettre et conserver un logement. Tout plan pour mettre fin à l’itinérance doit incorporer un investissement dans la création de logements abordables. La vaste majorité des personnes qui subissent l’itinérance peuvent être logés avec des services de soutien dans des logements sur les marchés de location subventionnés. Certaines personnes, touchées de problèmes de santé graves, de troubles mentaux, de comportement ou d’accoutumance, peuvent avoir besoin d’un logement de soutien, soit un logement permanent accompagné de services de soutien internes.

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