Bâtir un avenir où l’itinérance est rare, brève et non récurrente demande à ce que toutes les personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir aient accès aux bons soutiens au bon moment. Voilà toute l’importance de l’accès coordonné.

Bâtir un avenir où l’itinérance est rare, brève et non récurrente demande à ce que toutes les personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir aient accès aux bons soutiens au bon moment. Voilà toute l’importance de l’accès coordonné.
Les systèmes d’accès coordonné simplifient le processus d’accès au logement et aux services dont les gens ont besoin. En plus d’être inefficace pour les communautés et les prestataires de services, un système dépourvu de coordination force des individus et des familles en crise à se frayer un chemin dans des réseaux complexes de services, à raconter leur histoire encore et encore et à s’inscrire à des tonnes de listes d’attente. L’expérience peut s’avérer déshumanisante pour toutes les parties impliquées et presque impossible pour les personnes ayant des besoins particulièrement complexes.
Malheureusement, bien que l’accès coordonné soit devenu la pierre angulaire de la stratégie fédérale pour mettre fin à l’itinérance chronique, ce modèle a en grande partie échoué à répondre aux besoins particuliers, aux structures de gouvernance autonome et aux droits des personnes autochtones. À London, en Ontario, comme dans plusieurs autres communautés, l’accès coordonné a été mis en place sans consulter les organismes locaux autochtones et des Premières Nations, laissant les communautés autochtones dans une position difficile où elles doivent s’adapter de manière rétroactive et travailler au sein d’un système conçu sans les prendre en compte. Cette réalité souligne les limites d’une approche soi-disant universelle où chaque communauté a ses propres besoins et différences uniques.
Face à ce constat, Atlohsa Family Healing Services a mené le projet Recherche-action sur l’itinérance chronique (RAIC) à London pour réimaginer l’accès coordonné s’il était mené par, pour et avec les communautés autochtones.
À London, en Ontario, les personnes autochtones représentent seulement 2,6 % de la population de la ville, mais composent pourtant 30 % des personnes en situation d’itinérance. Cette surreprésentation découle des répercussions en continu du colonialisme de peuplement et des obstacles systémiques intrinsèques aux systèmes de logement populaires qui négligent les obligations décrites dans le traité et les besoins des peuples des Premières Nations, Inuit et Métis.
Ancré dans le Plan stratégique Giwetashkad sur l’itinérance autochtone, un modèle conçu pour la région du sud-ouest de l’Ontario, le projet RAIC offre des recommandations adaptées au contexte local dans son rapport, « Indigenous-Led Approaches to Coordinated Access » (disponible en anglais seulement). que ces recommandations ne soient pas forcément transférables à d’autres communautés, le processus utilisé pour les formuler offre des lignes directrices adaptables à bon nombre d’autres contextes.
Bâtir une fondation
Depuis la mise en œuvre de Vers un chez-soi en 2019, plusieurs communautés au Canada ont adopté des approches menées par les personnes autochtones pour l’accès coordonné, dont Hamilton et Winnipeg.
Le projet Recherche-action sur l’itinérance chronique (RAIC) à London s’appuie sur cette fondation. Atlohsa Family Healing Services, la Ville de London et certains partenaires fédéraux clés, comme Logement, Infrastructures et Collectivités Canada (LICC) ont convenu que les personnes autochtones sont surreprésentées dans la population en situation d’itinérance de London et que les services conventionnels ne répondent pas à leurs besoins uniques.
Des conversations préliminaires avec des partenaires autochtones ont également renforcé la nécessité de changements systémiques menés par des personnes autochtones dans le système de logement.
Mené par Atlohsa, ce projet a été, dès sa naissance, guidé par les méthodologies autochtones de recherche Anishinaabe-Gikendaasowin (Le savoir et l’intelligence du peuple Ojibwe). De notre perspective, en tant que personnes autochtones, la recherche sert à mobiliser les savoirs communautaires basés dans nos relations partagées.
Des méthodes de recherche culturellement adaptées, comme des conversations et des cercles de partage, ont été utilisées pour rejoindre les prestataires de services autochtones et allochtones qui soutiennent les personnes autochtones, les leaders autochtones, les membres de la communauté autochtone urbaine de London et les personnes autochtones ayant l’expérience vécue de l’itinérance.
L’objectif est d’entendre leurs rétroactions sur l’approche coordonnée actuelle de London en matière de services relatifs à l’itinérance. Nos sources de mobilisation comprenaient notamment des conversations avec trois personnes autochtones ayant l’expérience vécue de l’itinérance et quatre cercles de partage avec 27 prestataires de services autochtones et allochtones qui soutiennent les personnes autochtones. Des méthodes mixtes ont également été utilisées, notamment une revue de la littérature, une analyse statistique des données du SISA de 2022 à 2024 et un inventaire des programmes de logement et de logement autochtone.
Identifier les barrières pour adopter des mesures stratégiques
Notre analyse quantitative et qualitative a identifié des lacunes critiques dans le système d’accès coordonné de London. Ces lacunes découlent de l’exclusion des communautés autochtones dans la mise en place du système et continuent de créer des barrières au logement pour les participant·e·s autochtones. Voici d’ailleurs quelques-unes de ces barrières :
- Des temps d’attente plus longs pour les personnes autochtones, pour qui le temps médian d’attente sur la liste individualisée (une liste en temps réel de toutes les personnes en situation d’itinérance dans une communauté donnée) est de plus de 600 jours.
- Les jeunes personnes (entre 16 et 24 ans), les femmes et les personnes de la diversité de genre sont surreprésentées dans la population en situation d’itinérance.
- Moins de 12 % des espaces de programmes de logement sont conçus spécifiquement pour les personnes autochtones, même si cette population compose jusqu’à 30 % de l’itinérance du secteur.
- Les outils d’évaluation basés sur le déficit (comme l’outil de triage VI-SPDAT, un outil d’assistance à la prise de décision en matière de priorisation au sein des services qui est fondé sur un index de vulnérabilité) ne tiennent pas compte des traumatismes et de la sécurité culturelle chez les populations autochtones, mais aussi chez toutes les autres populations.
- Les organismes autochtones sont sous-financés et structurellement exclus de la coordination du système de logement principal.
Pour éliminer efficacement les barrières systémiques au sein du système d’accès coordonné de London, nous proposons une approche d’accès coordonné menée par des personnes autochtones, ce qui englobe toute approche communautaire à la gestion de l’itinérance où les communautés autochtones prennent les rênes dans la conception et la mise en œuvre d’un système d’accès coordonné.
Concevoir une approche autochtone dans un système colonial

Le projet RAIC n’a pas été créé pour critiquer l’accès coordonné en soi, mais pour remédier au fait que sa forme actuelle ne parvient pas à répondre aux besoins des communautés autochtones. Le rapport du projet RAIC reconnaît le contexte plus large : l’itinérance autochtone n’est pas qu’un enjeu de logement ; il s’agit des résultats historiques et actuels du colonialisme et de ses migrations forcées, de ses traumatismes intergénérationnels, de son racisme systémique et de son exclusion juridique des personnes autochtones. Ainsi, l’itinérance autochtone ne peut être résolue par des systèmes qui continuent de marginaliser la gouvernance, les savoirs et les communautés autochtones.
L’Entité communautaire (EC) du volet Itinérance chez les Autochtones de Vers un chez-soi n’accepte plus de nouvelles mises en candidatures, et aucune date de réouverture n’est prévue pour l’instant. Sans l’accès au financement direct de l’Entité communautaire, les communautés autochtones urbaines comme la nôtre doivent s’appuyer sur des partenariats municipaux au sein de systèmes qui ne sont pas conçus pour les soutenir.
Face à ce constat, Atlohsa a décidé de développer une approche autochtonisée fonctionnelle au sein des contraintes de l’infrastructure coloniale du logement et du financement disponible. Chaque recommandation s’accompagnait d’étapes concrètes, de ressources identifiées et de preuves à l’appui pour faciliter la compréhension du potentiel de ces solutions pour tous les paliers de gouvernement.
Le développement d’une approche menée par les personnes autochtones à l’accès coordonné nécessite :
- Un soutien de la part de tous les échelons de gouvernement pour du financement flexible et à long terme
- D’établir et d’outiller un leadership autochtone pour qu’il fournisse une gouvernance, des processus de conception collaboratifs et qu’il soit impliqué dans la mise en œuvre stratégique
- L’expansion des équipes d’intervention autochtones sur le terrain en partenariat avec les prestataires de services relatifs au logement et à l’itinérance autochtones
- La création d’équipes de services pour l’accès coordonné mené par des personnes autochtones
- Des processus d’accueil culturellement adaptés, à bas seuil et qui n’exigent pas de documentation ou de preuve de revenu pour accéder au logement
- La souveraineté et la propriété des données, conformément aux principes de propriété, de contrôle, d’accès et de possession
- L’attribution et la gestion des cas menées par des personnes autochtones
- Des options de logement abordable, culturellement adapté et mené par des personnes autochtones pour l’ensemble du secteur du logement
- Des services de logement complets, holistiques, culturellement adaptés et menés par des personnes autochtones, comme des suppléments au loyer, des dispensaires de pièces d’identité, des personnes chargées de trouver des logements, de l’intervention sur le terrain et des programmes de logement pour les cas complexes
- Un renforcement des capacités pour arriver à offrir des services culturellement adaptés et qui tiennent compte des traumatismes, incluant des formations obligatoires pour tous les programmes participants
Les facettes clés de la stratégie et des procédures de rapport du projet RAIC à London sont les suivantes :
- Gouvernance : Créer un Cercle de leadership autochtone sur l’itinérance afin qu’il gouverne l’accès coordonné en collaboration avec les partenaires municipaux.
- Main-d’œuvre : Financer et embaucher une équipe spécialisée sur l’accès coordonné autochtone, dont un·e gérant·e, un·e intervenant·e en navigation des services et un·e agent·e de liaison.
- Outils d’évaluation : Remplacer les outils fondés sur les déficits par des approches relationnelles, conçues par des communautés autochtones, basées sur les forces, culturellement sécuritaires et qui tiennent compte des traumatismes.
- Souveraineté des données : Mettre en pratique les principes PCAP (propriété, contrôle, accès et possession) pour toutes les données sur les participant·e·s autochtones au sein du SISA.
- Continuum du logement : Développer des projets de logements autochtones à travers tout le secteur, notamment des refuges, des logements transitoires, avec services de soutien et permanents.
- Financement : Allouer 30 % du financement prévu pour l’itinérance à des services gérés par des personnes autochtones afin de tenir compte des besoins communautaires et des données démographiques.
Rôle de la Ville de London
Dans le cadre de cette collaboration, la Ville a fourni les données du Système d’information sur les personnes et les familles sans-abri (SISA) à Atlohsa, quantifiant la surreprésentation des personnes autochtones en situation d’itinérance et les difficultés particulières avec lesquelles cette population doit composer, comme de plus longs temps d’attente. Les données ont également concrétisé ce que les organismes autochtones reconnaissent depuis longtemps : les approches conventionnelles ne suffisent pas et les solutions culturellement adaptées et menées par des personnes autochtones sont essentielles.
Pendant tout le processus du projet RAIC, la Ville de London a travaillé en partenariat avec Atlohsa, pour reconnaître l’expertise des organismes autochtones et soutenir la création d’un système de gestion de l’itinérance plus équitable. Le projet RAIC sert non seulement de modèle de leadership autochtone et de recherche communautaire, mais aussi d’étape concrète vers la réconciliation en pratique.
La Ville de London a eu le rôle de collaborer, d’écouter, d’apprendre et de soutenir le leadership autochtone dans la création de solutions. La Ville reconnaît le savoir profond et la consultation intrinsèque au Plan stratégique Giwetashkad sur l’itinérance autochtone et s’engage à aligner ses efforts à cette vision tout en travaillant à répondre aux Appels à l’action de la vérité et de la réconciliation par l’entremise d’étapes concrètes et mesurables. Alors que la mise en œuvre se poursuit, la Ville de London demeure engagée à soutenir les avenues menées par des personnes autochtones et à travailler en collaboration pour bâtir un système où tous·tes les résident·e·s ont accès à un logement sécuritaire, adéquat et culturellement adapté.
Prochaines étapes

Atlohsa travaille actuellement avec des partenaires locaux pour aller vers l’exécution de la première recommandation politique, qui demande d’allouer 30 % des ressources en itinérance à des projets menés par les personnes autochtones. Cette recommandation est d’ailleurs basée sur le précédent établi par Hamilton. Atlohsa s’appuie également sur ses partenariats pour exhorter le gouvernement fédéral à réouvrir le volet de financement sur l’itinérance autochtone pour que London puisse devenir une Entité communautaire autochtone. Voici les prochaines étapes dans cette visée :
- Préparer une demande motivée pour soutenir la mise en œuvre de toutes les recommandations politiques présentées dans notre rapport.
- Travailler en collaboration avec les services de stabilité en logement de la Ville de London pour présenter ce rapport et cette demande motivée au conseil municipal de London pour recevoir son approbation officielle.
- Une collaboration entre le Cercle de leadership autochtone sur l’itinérance et la Ville de London pour que 30 % du financement en itinérance soit alloué aux organismes offrant des services relatifs à l’itinérance menés par des personnes autochtones.
L’allocation de 30 % du financement fédéral et provincial en matière de logement à des projets relatifs au logement et à l’itinérance menés par des personnes autochtones à London contribuerait de façon significative à l’objectif plus large de réduire et de prévenir l’itinérance autochtone. En outre, à long terme, ce changement dans le financement permettrait au leadership autochtone dans le système d’accès coordonné de London de favoriser un continuum du logement culturellement adapté et de travailler à l’obtention du statut d’Entité communautaire pour la région.
Conclusion : Un système conçu par, avec et pour les communautés autochtones
Le rapport d’Atlohsa souligne le besoin de mettre en œuvre des approches menées par les personnes autochtones au sein du système d’accès coordonné de London afin de remédier à l’itinérance autochtone. Le rapport présente une vision collective et une cartographie des changements à apporter sur le plan des systèmes afin de mieux répondre aux besoins des personnes autochtones en situation d’itinérance dans notre région au cours des années à venir.
Un système d’accès coordonné mené par les personnes autochtones est possible à London ; un tel système est de surcroit nécessaire et entièrement réaliste. L’avenue à suivre est claire. Nous devons maintenant la suivre.
Pour en savoir davantage sur Atlohsa et sur notre travail : https://atlohsa.com
