Songez-vous à présenter une demande au Fonds d’innovation pour réduire l’itinérance (FIRI) ?
Bonne nouvelle : le troisième cycle pour les nouvelles candidatures débutera bientôt. Nous avons élaboré cette ressource pour vous aider à soumettre un dossier exemplaire.
Avant de se lancer, commençons par une récapitulation du FIRI.
Le FIRI accorde des subventions ponctuelles aux communautés admissibles pour des projets ciblés et fondés sur les données qui durent jusqu’à 12 mois et qui réduiront l’itinérance de manière mesurable.
Il s’agit d’un fonds de 45 millions de dollars financé dans le cadre de l’engagement d’un milliard de dollars du gouvernement fédéral et de son initiative Vers un chez-soi : la stratégie canadienne de lutte contre l’itinérance, comme annoncée dans le budget 2024. Ce fonds est distribué par l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI), en collaboration avec le Conseil national autochtone sur le sans-abrisme (CNASA).
L’argent sera distribué à travers cinq tours de financement sur une période de trois ans. Près de 7 millions de dollars ont déjà été alloués à 16 communautés pour le premier tour. De plus, les projets de réduction du deuxième tour verront le jour tôt en 2026.
Ces communautés ont déjà les fondations d’un système efficace de gestion de l’itinérance :
- Des données individualisées de qualité et en temps réel sur toutes les personnes activement en situation d’itinérance ; et
- Un accès coordonné, où tous les organismes dans la communauté travaillent en étroite collaboration pour établir des priorités et pour trouver des logements et des services de soutien pour les personnes figurant sur leur liste de données individualisées.
Par-dessus tout, chaque projet instaure un changement important et cible une amélioration dans leur système de gestion de l’itinérance grâce à l’approche que nous expliquons dans cet article.
Si ces étapes vous paraissent fastidieuses ou si vous ne savez pas par où commencer, ne vous inquiétez pas. Nos conseiller·e·s en amélioration seront à vos côtés tout au long du processus.
L’ingrédient secret : la science de l’amélioration
À l’ACMFI, nous citons souvent le théoricien de l’amélioration qualitative, W. Edwards Deming.
Il affirme que « chaque système est parfaitement conçu pour obtenir les résultats qu’il obtient ».
L’itinérance est le résultat d’enjeux systémiques reflétés dans le système de logement d’une communauté. Par conséquent, les projets de réduction doivent s’efforcer d’apporter de petits changements, pour ensuite tirer des leçons de ces changements afin d’optimiser les systèmes locaux de soutien.

Notre modèle d’amélioration, adapté de celui de l’Institute for Healthcare Improvement, est basé sur cinq principes fondamentaux.

1. Savoir pourquoi vous avez besoin d’améliorations
Il est important de se fixer un objectif de projet clair (concept abordé en détail plus loin), réellement intentionnel par rapport au changement escompté au sein de votre système de gestion de l’itinérance. Cet objectif doit viser à réduire la quantité de personnes en situation d’itinérance, soit en réduisant la quantité de personnes qui deviennent en situation d’itinérance, ou encore en augmentant la quantité de personnes en situation d’itinérance qui emménagent dans des logements (ou en accélérant ce processus).

2. Disposer d’un système de suivi
Vous devez avoir accès à des données pour assurer un suivi en temps réel des résultats directs du changement mis en place. Cela signifie avoir une réponse à la question : comment vais-je utiliser mes données locales pour comprendre si les changements que je mets en place mènent à des améliorations ? C’est là que les données individualisées de qualité entrent en jeu. Les communautés utilisent les données agrégées sur l’afflux d’entrées vers l’itinérance et celles sur les sorties vers le logement pour mesurer les progrès vers leurs objectifs de réduction.

3. Formuler un changement
Cette étape ressemble à une expérience scientifique. Il faut élaborer une hypothèse qui énonce une prédiction raisonnable d’une chose à faire différemment pour avoir une retombée précise. Ce changement doit être lié à l’objectif de votre projet et peut être un simple geste, comme la modification d’un formulaire de triage, ou un changement plus important, comme l’ajout d’un nouveau rôle pour qu’une personne-ressource soit chargée de changer la manière d’interagir avec la clientèle. Ce changement n’a pas besoin d’être révolutionnaire, mais il doit apporter quelque chose de nouveau au système local de gestion de l’itinérance de votre communauté.

4. Mettre le changement à l’essai
Avant d’implanter un changement potentiellement coûteux et important dans le système, il est crucial de minimiser les risques en effectuant des tests. En effet, vous ne savez pas si le changement entraînera une réduction de l’itinérance, il est donc essentiel de le tester avant de procéder à une mise en œuvre complète. Cette démarche vous donne aussi l’occasion d’évaluer régulièrement les retombées du changement et d’adapter le projet au fil du temps en fonction des apprentissages en temps réel. Il existe quelques indicateurs pour évaluer les résultats du changement et en comprendre les conséquences (ces indicateurs sont détaillés ci-dessous).

5. Évaluer et déployer
Une fois le changement testé, il est temps d’évaluer les résultats de l’essai, de discuter des retombées du changement au sein du système, d’envisager des moyens d’optimiser les résultats du changement et de finalement déployer votre projet novateur dans votre contexte local.
Une visée précise ciblant des enjeux systémiques dans la gestion de l’itinérance
Toutes les communautés admissibles au FIRI ont des données individualisées de qualité sur les personnes activement en situation d’itinérance. Cela comprend notamment l’information au sujet des entrées en itinérance, de la durée des situations d’itinérance et des accès éventuels à un logement.
Ces données sur les systèmes peuvent vous aider à formuler votre énoncé du problème, qui déterminera la nature et la portée de l’enjeu que vous souhaitez résoudre. Il s’agira peut-être des nombres élevés de personnes qui deviennent en situation d’itinérance ou des nombres trop bas de personnes qui sortent d’une situation d’itinérance et qui accèdent à un logement.
C’est votre point de départ. Pour identifier une visée précise, vous devez creuser et trouver les causes profondes.
Considérez cette analogie : si vous avez mal à la tête et que vous prenez des antidouleurs, vos symptômes se dissiperont. Par contre, le fait que vous avez des maux de tête parce que vous ne dormez pas assez ne changera pas.
Nous ne pouvons pas espérer des changements systémiques en traitant uniquement les symptômes d’un système de gestion de l’itinérance. Incarnez l’enfant en vous qui ne fait que toujours demander « pourquoi ? » et posez-vous cette question jusqu’à ce que vous ne puissiez plus la poser.
C’est là que vous trouverez l’enjeu systémique au sein de votre système. À partir de là, vous pouvez identifier l’intervention que vous souhaitez mettre à l’essai et qui, selon vous, fera la différence dans votre communauté.
Vous pourrez alors travailler avec l’ACMFI afin de formuler votre objectif de projet. Il est important d’en faire un objectif « SMART », c’est-à-dire :
- Spécifique : il faut clairement définir la population cible que vous souhaitez soutenir, qu’elle soit, par exemple, les personnes en situation d’itinérance hors refuge, ou encore les jeunes personnes qui entrent en situation d’itinérance.
- Mesurable : grâce à vos données de qualité, vous devez être en mesure de déterminer si vous atteignez vos résultats escomptés.
- Approprié : votre objectif est-il pertinent dans le contexte de votre communauté ? S’il existe une volonté politique ou une priorisation collective au sein de votre communauté pour remédier à l’itinérance dans votre population cible, vous gagnerez à ancrer votre projet dans ce contexte.
- Réaliste : l’objectif doit être réalisable. Un simple changement risque de ne pas mettre fin à l’itinérance dans votre communauté, mais quelles sont les retombées potentielles réelles de ce changement ?
- Temporel : Les subventions du FIRI sont non renouvelables et couvrent un maximum de 12 mois. Par conséquent, n’établissez pas un objectif à atteindre d’ici 2035. Votre projet doit avoir une date de fin claire.
Voici un exemple d’une visée précise : « Notre communauté réduira l’itinérance chronique totale de 18,3 % en augmentant la quantité d’emménagements mensuelle de 5, ce qui représente un total de 60 emménagements additionnels d’ici la fin du projet. »
Les populations prioritaires du FIRI sont d’ailleurs les personnes en situation d’itinérance hors refuge, les personnes en situation d’itinérance chronique et les ancien·ne·s combattant·e·s en situation d’itinérance.
Les bons partenariats dans la communauté sont la clé
Le projet proposé doit s’adapter à votre contexte local et contribuer à l’avancement des priorités locales dans la communauté.
Si votre communauté est particulièrement motivée à trouver une solution à la hausse de l’itinérance hors refuge, votre projet devrait peut-être porter sur les campements. Si des conversations sont déjà tenues au sujet de l’établissement de meilleurs rapports avec l’hôpital local, votre projet pourrait être axé sur l’intersection entre la santé et l’itinérance.
Prenez le projet FIRI de l’Île-du-Prince-Édouard en guise d’exemple.
Il y avait beaucoup d’organismes offrant du soutien aux jeunes dans la province, mais il y avait des lacunes dans la priorisation des jeunes en situation d’itinérance et dans l’accès à des logements pour cette population.
L’entité communautaire a donc mis en place un projet de logement complet pour les jeunes visant à réduire de 48 % l’itinérance chronique chez les jeunes.
Au bout du compte, votre mise en candidature devrait s’insérer harmonieusement dans l’ensemble des travaux déjà accomplis et ne pas devenir un autre de ces projets qui s’empilera sur votre bureau.
Il est important de collaborer avec des partenaires locaux tout au long du processus du projet : tant dans sa conception que dans son exécution.
Les organismes admissibles au FIRI sont les entités communautaires. Les organismes locaux souhaitant mettre en place un projet du FIRI devraient communiquer avec leur entité communautaire locale.
Dans le même ordre d’idées, si la proposition de projet est initiée par l’entité communautaire, songez aux organismes qui ont une expertise particulière ou un mandat lié au soutien de votre population cible.
À Saint John’s, Terre-Neuve, l’entité communautaire End Homelessness St. John’s a révélé dans son dénombrement ponctuel de 2024 que 92 % des personnes en situation d’itinérance ont répondu à leur sondage en indiquant qu’elles étaient en situation de handicap.
Par conséquent, l’entité communautaire s’est alliée à une organisation locale ayant une expérience préalable dans l’aide à la recherche de logements pour les personnes en situation de handicap. Ce partenariat vise à simplifier l’accomplissement de son objectif, qui est de réduire de 10 % l’itinérance chronique, en se concentrant justement sur les personnes en situation de handicap.
Surtout, songez à des manières d’établir des partenariats significatifs avec des organismes menés par des personnes autochtones. Nous aborderons d’ailleurs cette idée plus en profondeur dans un article à venir en collaboration avec le Conseil national autochtone sur le sans-abrisme, une coalition d’entités communautaires et de conseils consultatifs menés par des personnes autochtones partout au Canada.
Les personnes autochtones sont disproportionnellement surreprésentées parmi les personnes en situation d’itinérance d’un bout à l’autre du Canada. Les organismes menés par des personnes autochtones sont ancrés dans l’autodétermination et les savoirs autochtones. De plus, elles possèdent déjà les relations et l’expertise nécessaires pour remédier à l’itinérance autochtone.
Ultimement, des partenariats solides vous permettront de centraliser les personnes en situation d’itinérance et les populations cibles particulières que vous essayez de soutenir avec votre projet.
Un plan détaillé pour la récolte et l’analyse de données
Finalement, un plan détaillé pour mesurer les retombées de votre projet est un élément clé d’une mise en candidature exemplaire.
Cela signifie que vous devriez avoir les réponses aux questions suivantes :
- Quelles données sont pertinentes pour le projet ?
- Qui peut récolter ces données ? Sont-elles déjà récoltées ?
- Aurons-nous accès à ces données ?
- À quelle fréquence devons-nous nous rassembler et consulter ces données pour déterminer ensemble si nous devons ajuster quoi que ce soit dans nos efforts de réduction ?
À l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance, nos conseiller·e·s en amélioration et notre équipe de données vous aideront à définir les indicateurs à surveiller dans les données, à analyser les résultats de votre projet en temps réel et à apporter des ajustements potentiels.
Nous voulons soutenir les communautés à mettre en place des projets forts avec des données claires qui génèrent des apprentissages pouvant être diffusés à l’échelle nationale afin d’élargir la portée de nos efforts nationaux pour mettre fin à l’itinérance.
Nous pouvons soutenir les communautés dans l’identification de trois types d’indicateurs :
- Les indicateurs de résultats : ceux-ci permettent d’identifier ce que vous souhaitez accomplir. Ce sont le résultat direct : les réductions en itinérance, que ce soit par l’entremise d’une réduction d’entrée en itinérance ou de sorties de l’itinérance accélérées.
- Les indicateurs de processus : ils démontrent si vous réalisez ce que vous prévoyiez de faire. Ces indicateurs peuvent par exemple être la quantité de références effectuées à du personnel de soutien récemment embauché et le nombre d’interventions que ce personnel effectue auprès de la population cible des personnes en situation d’itinérance.
- Les indicateurs d’équilibre : ceux-ci démontrent si les changements apportés dans une partie du système entraînent des problèmes dans d’autres domaines. Cela peut impliquer une considération des emménagements parmi d’autres populations qui ne sont pas ciblées par le projet du FIRI.
Toutes ces données sont essentielles.
Nous les récoltons pour prendre des décisions fondées sur les données qui aboutiront à des changements durables visant à éventuellement mettre fin à l’itinérance pour de bon.
Cet article déborde d’informations, mais nous promettons que l’ACMFI sera à vos côtés à chaque étape du processus de soumission et de mise en œuvre de vos projets.
Si vous avez des questions, n’hésitez pas à contacter votre conseiller·e en amélioration ou à écrire à hrif@caeh.ca.