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Éclaircie : L’Île-du-Prince-Édouard fraye un nouveau chemin vers le logement pour les jeunes en situation d’itinérance grâce à son projet du FIRI

22 July 2026 - 4:15 pm / Uncategorized

Éléments à retenir pour les communautés

  • Un examen préliminaire des services existants et des domaines à améliorer peut mettre en lumière les avenues possiblesd’innovations et daméliorations. Lors de la conception de son projet du Fonds d’innovation pour réduire l’itinérance, l’Î.-P.É. décelé une lacune dans la gestion de l’itinérance chez les jeunes et créé un projet spécialisé, qui se conjugue aux programmes existants.
  • Les obstacles structurels, comme les loyers dispendieux et l’accès limité à des logements abordables hors marché,entrainent certes des enjeux, mais ceux-ci offrent également un terrain fertile pour l’innovation. Pour augmenter les emménagements, l’Î.-P.-É. a adapté et cultivé des relations positives avec des propriétaires du marché privé qui ont compris l’intérêtd’offrir plus de leurs logements à des jeunes.
  • Les relations avec les écoles secondaires, les services familiaux et à l’enfance et les services correctionnels auprès des jeunes peuvent aider à repérer les jeunes de moins de 18 ans en situation d’itinérance qui ont besoin de soutien.
  • Les apprentissages préliminaires tirés de ce projet du premier cycle de financement du FIRI ont mis en évidence une autre lacune dans le système : la prévention du retour à l’itinérance après avoir trouvé un logement dans la population générale, mais surtout chez les jeunes. Ce constat a inspiréla conception d’un nouveau projet pour le deuxième cycle de financement du FIRI.

La première fois qu’elle est entrée dans son appartement d’une chambre, Jayden est tombée par terre. 

« J’étais si heureuse d’avoir mon espace à moi… je peux toucher tout ce qui s’y trouve. C’est mon plancher. C’est mon espace, » déclare-t-elle. 

En octobre 2025, Jayden, 20 ans, a finalement obtenu les clés de son appartement, ce qui a mis un terme à une longue période d’itinérance et d’instabilité de logement dans sa jeune vie. 

« Je n’ai plus à me préoccuper de l’endroit où je laisserai mes choses et où je dormirai. Je sais que je peux me réveiller le matin, me préparer, sentir bon, bien m’habiller et aller à l’université », raconte Jayden. 

« Je peux faire tout mon travail et je sais que quand je rentre chez moi, j’ai un bel espace chaud qui m’attend ». 

Jayden a bénéficié du soutien dont elle avait besoin du Youth Wraparound Housing Program (programme de logements pour les jeunes avec soutiens complets), un partenariat entre l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI) et la Société John Howard de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) visant à augmenter le nombre de jeunes qui passent de l’itinérance à un logement chaque mois. 

Le programme a été financé par l’entremise d’un fonds de 45 millions de dollars du gouvernement du Canada, le Fonds d’innovation pour réduire l’itinérance (FIRI), géré par l’ACMFI. Ce dernier soutient des projets d’amélioration fondés sur les données visant à réduire l’itinérance de façon mesurable au niveau de la population tout en enrichissant un répertoire d’apprentissages pouvant soutenir les efforts dans la même direction ailleurs au Canada. 

Le Youth Wraparound Housing Program a reçu 328000 $ pour embaucher deux travailleur·se·s sociaux·ales spécialistes de cas individuels jeunesse afin de travailler directement auprès des jeunes et un·e spécialiste de l’engagement communautaire et du logement pour bâtir des relations avec les propriétaires et fournir de la médiation en cas de conflits liés au logement. Le financement restant est utilisé pour répondre aux enjeux à court terme et remédier aux obstacles que rencontrent les jeunes en quête de trouver et de maintenir un logement. 

Le projet compte réduire l’itinérance jeunesse en aidant 11 jeunes supplémentaires à transitionner de l’itinérance à un logement au cours de l’année. 

Aux trois quarts du projet, l’équipe a déjà aidé 19 jeunes à sortir de l’itinérance. 

« Ça me donne l’impression qu’une personne se soucie réellement de moi » 

À 14 ans, Jayden s’est trouvée pour la première fois en situation d’itinérance, aux prises avec des enjeux de santé mentale et une relation difficile avec sa mère et son beau-père. 

« J’ai fini par quitter ma maison en me disant : “je peux y arriver toute seule. Je suis forte et vieille.” J’ai vécu dans la rue au milieu du mois de janvier, pendant un mois et demi », partage-t-elle. 

Jayden est passée d’un sofa à l’autre pendant les années qui ont suivi, jusqu’à ce qu’elle ait des démêlés avec le système de justice pour mineur·e·s. Elle a ensuite vécu dans un foyer de groupe. 

À 19 ans, Jayden s’est enfuie aux États-Unis.

Jayden a bénéficié du soutien dont elle avait besoin du Youth Wraparound Housing Program.

« Je suis partie avec quelqu’un que je considérais comme une bonne personne à l’époque. J’ai fini en situation d’itinérance. C’était épeurant. Vraiment terrifiant. Je ne connaissais rien des États-Unis. Je n’avais pas d’argent. Je n’avais rien. C’était juste mon chien et moi », explique-t-elle. 

Éventuellement, Jayden a reçu le soutien dont elle avait besoin pour rentrer au Canada. Elle est revenue vivre chez sa mère et son beau-père, jusqu’à leur séparation. À partir de ce moment, elle était de retour à passer d’un sofa au suivant. 

Pendant cette période, elle a participé à un programme de gestion de vie pour les jeunes et a éventuellement découvert la Fondation REACH à Charlottetown. Cette organisation offre un programme pour les jeunes axé sur la guérison de la santé mentale et l’acquisition de compétences professionnelles en travaillant à l’entreprise sociale sur place. C’est là que Jayden a été orientée vers le Youth Wraparound Housing Program de la Société John Howard. 

Steshonia Hall, l’une des travailleur·ses sociaux·ales spécialistes de cas individuels jeunesse embauché·e·s dans le cadre du projet du FIRI, a aidé Jayden à s’inscrire à l’aide au revenu de l’Î.-P.-É. et éventuellement aussi à trouver un appartement. 

« Sitôt que j’ai un problème, je l’appelle et elle fait tout son possible pour m’aider. Quand nous cherchions un appartement, elle me rejoignait à 20 h, comme si elle était toujours au travail », affirme Jayden. 

« Je n’ai pas grandi avec ce genre de soutien. Le recevoir aujourd’hui me donne l’impression qu’une personne se soucie réellement de moi ». 

Les soutiens complets et les relations avec les propriétaires : des facettes clés du projet 

Hall dit qu’elle souhaite que les jeunes personnes de l’Î.-P.-É. sachent qu’elles ne sont pas seules. Si elles sont en situation d’itinérance, l’équipe de la Société John Howard de l’Î.-P.-É. est disposée à les aider et outillée pour les soutenir. 

« Tu traverses peut-être une expérience difficile, mais ce n’est pas une peine à vie. Nous sommes là pour te donner l’occasion de trouver une direction et un sens qui transformeront ta vie », assure Hall.

Steshonia Hall est travailleuse sociale spécialiste de cas individuels jeunesse embauchée dans le cadre du projet du FIRI.

En tant que travailleuse sociale spécialiste de cas individuels jeunesse, Hall considère que son rôle est d’aider ces jeunes à trouver un logement, mais le soutien ne s’arrête pas là. 

« Il y a des enjeux sous-jacents possibles qui risquent d’affecter leur capacité à maintenir un logement. Nous aidons les jeunes à devenir autonomes… pour qu’iels soient en mesure d’identifier où, quand et comment accéder à des ressources, tout en préservant leur logement et leur indépendance », explique-t-elle. 

Il est difficile de trouver un logement abordable, note Josh Constantinou, le coordonnateur de l’accès coordonné pour l’Î.-P.-É. à la Société John Howard. 

Selon lui, les taux d’aide sociale n’accotent pas le coût de la vie. Les investissements dans de nouveaux logements abordables, avec services de soutien et hors marché, ne parviennent pas à contrebalancer les loyers onéreux ou les taux d’inoccupation astronomiquement bas.

« Nous ne pouvons toutefois pas confronter cette réalité dans la passivité. Nous devons faire preuve de créativité et rechercher des manières de maximiser les partenariats ou de profiter des avenues existantes » 

L’équipe du projet a récemment commencé à travailler avec des propriétaires privés de façon très ciblée afin d’identifier les logements plus abordables pouvant loger des jeunes. Constantinou souligne en outre deux éléments qui ont aidé l’équipe à bâtir des relations solides. 

D’abord, l’équipe a rédigé une entente à l’intention des propriétaires potentiels pour clarifier les soutiens que le personnel de la Société John Howard peut offrir et les différentes façons dont tout le monde peut contribuer à une relation de location réussie. D’après Constantinou, ce document a généré des conversations transparentes avec les propriétaires ouverts à louer des logements à des jeunes. 

Les jeunes participant·e·s du programme de logements avec services de soutien complets ont également l’option de partager une biographie anonyme avec les propriétaires potentiels. Celle-ci peut, par exemple, inclure des informations sur leur historique de logement, leur situation familiale, leurs passe-temps ou leurs objectifs d’éducation ou professionnels afin d’ajouter une touche personnelle à leur première impression auprès des propriétaires. 

Le projet suit les principes de l’approche Logement d’abord, donc la biographie anonyme n’est pas obligatoire, précise Constantinou. Celle-ci est cependant très bien reçue par les propriétaires. 

« Avant de connaître la personne locataire, le cerveau ira parfois directement aux pires des éventualités et les propriétaires présumeront des expériences passées terribles à partir des histoires d’horreur qui circulent… en revanche, avec plus d’information, les propriétaires deviennent plus ouverts et réceptifs », avance Constantinou. 

Il ajoute avoir déjà eu plusieurs expériences positives et que plusieurs propriétaires du marché privé ont manifesté leur intérêt à louer plus de logements à des jeunes pour les aider à sortir de l’itinérance. 

Des leçons préliminaires mènent à un deuxième projet du FIRI 

Selon Constantinou, quand la Société John Howard a commencé à songer à concevoir un projet du FIRI avec l’ACMFI au début de 2025, il n’y avait pas beaucoup de données sur l’itinérance jeunesse à l’Î.-P.-É. 

Au départ, Constantinou explique que son équipe souhaitait créer un projet sur l’itinérance jeunesse qui touchait à tous les enjeux : la prévention de l’itinérance, le logement et les soutiens en aval de l’obtention d’un logement. 

Toutefois, avec le soutien des conseiller·e·s en amélioration de l’ACMFI, Constantinou et son équipe ont analysé les données individualisées de plus près. Cette base de données présente de l’information à jour sur les personnes qui entrent en situation d’itinérance, celles qui en sortent et celles en situation d’itinérance active. 

Ces données ont révélé qu’aucun·e jeune n’était sorti·e de l’itinérance au cours des quatre derniers mois. 

« Nous ne voyions pas de mouvement. Nous n’arrivions pas à trouver des logements pour les jeunes… donc notre conseillère en amélioration nous a aidés à raffiner notre projet et à nous concentrer sur un élément : les emménagements », raconte Constantinou.

Josh Constantinou est le coordonnateur de l’accès coordonné pour l’Î.-P.-É. à la Société John Howard.

Le personnel du projet a bâti des relations avec des organismes travaillant déjà auprès des jeunes : des services aux familles et aux jeunes jusqu’aux services de justice pour mineur·e·s en passant par les équipes de bien-être des élèves dans les écoles secondaires. C’est là que l’équipe a commencé à recevoir des références de jeunes en situation d’itinérance. 

L’équipe a cependant aussi reçu des références de jeunes en précarité résidentielle et à risque d’itinérance, qui ne sont donc pas techniquement admissibles à un projet axé sur les emménagements chez les jeunes. La prévention et la diversion ciblées étaient des lacunes claires dans les services disponibles, souligne Constantinou. 

En janvier 2026, L’Î.-P.-É. a lancé avec succès son Prevention and Diversion Program (Programme de prévention et de diversion). Ce nouveau projet, subventionné par le deuxième cycle du FIRI, offre un soutien financier à court terme et une gestion de cas aux personnes qui sont sorties de l’itinérance dans les trois dernières années et qui sont actuellement à risque de redevenir en situation d’itinérance. 

« Ce que nous constatons, déjà, c’est qu’en agençant l’aspect financier au soutien adéquat, les gens arrivent à maintenir leur logement à long terme », affirme Constantinou. 

Le gouvernement provincial a déjà appuyé un projet similaire. En effet, l’introduction du nouveau Prevention and Diversion Program financé par le FIRI a relancé les conversations entre la Société John Howard et la province. Ces conversations ont mené à l’ajout de 100000 $ pour augmenter le financement disponible et aider directement plus de gens en situation d’itinérance. 

Selon Dawn Wheadon, la conseillère en amélioration responsable de l’Î.-P.-É. à l’ACMFI, ces deux projets sont d’excellents exemples à suivre : l’Î.-P.-É. a détecté des failles dans son système de gestion de l’itinérance grâce à des données individualisées à jour. La province travaille à présent avec l’ACMFI pour mettre à l’essai des projets fondés sur les données afin de réduire l’itinérance. 

« Je suis profondément fière du travail que l’Î.-P.-É. continue de réaliser. Il s’agit de l’intention exacte du Fonds d’innovation pour réduire l’itinérance : rassembler une communauté autour de l’objectif commun de réduire l’itinérance, tester une idée grâce à un projet fondé sur les données et innover pour maximiser les retombées », affirme Wheadon. 

« Les projets ont mené à de nouvelles collaborations intersectorielles et rassemblé plusieurs paliers de gouvernement afin de se pencher de toute urgence sur la crise de l’itinérance. C’est ce que nous pouvons réaliser, ensemble, » assure-t-elle. 

Cette Éclaircie est financée par le gouvernement du Canada.