Éléments à retenir pour les communautés
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Pour réduire l’itinérance, il ne suffit pas de construire davantage de logements. Il faut connaître toutes les personnes en situation d’itinérance par leur nom et les orienter vers les options de logement et les ressources adéquates par l’entremise de l’accès coordonné.
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Certaines personnes ayant des besoins particulièrement complexes requièrent un logement et des services de soutien pour maintenir ce logement. Grâce aux logements stables et aux services de soutien complets fournis par le personnel sur place et les partenaires communautaires, les locataires du projet FIRI Movement to Improvement des comtés unis de Leeds et Grenville ont indiqué avoir une meilleure santé physique et mentale, et avoir moins de démêlés avec le système de justice. De plus, la communauté a constaté moins d’appels aux services d’urgence, comme la police et l’ambulance.
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Lorsqu’un leadership et un soutien politiques forts se conjuguent avec une collaboration étroite rassemblant tous les paliers de gouvernement, d’importants changements deviennent possibles. En effet, c’est grâce à l’utilisation conjointe des ressources de la municipalité, des comtés, de la province et du fédéral, en coordination avec les organismes communautaires, que l’itinérance chronique a ainsi pu être réduite en créant de nouveaux logements avec services de soutien et en assurant leur bon fonctionnement.
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Soutenus par le FIRI, les comtés unis ont innové dans leur approche afin de rassembler tous les niveaux de gouvernement pour la première fois pour offrir simultanément les logements et les services de soutien nécessaires et aider les personnes ayant les besoins les plus criants à maintenir leur logis.

Nichées au cœur de Brockville, en Ontario, se dressent quelques rangées de minimaisons, érigées sur l’herbe d’un terrain municipal qui surplombe le fleuve Saint-Laurent.
Un ancien immeuble de dortoirs, converti en 24 logements d’une chambre, borde les minimaisons.
Ces logements, situés sur un terrain anciennement vague, sont devenus le chez-soi d’une communauté de 49 personnes précédemment en situation d’itinérance chronique dans les comtés unis de Leeds et Grenville.
Le développement relativement rapide de ces 49 logements avec services de soutien a aidé les comtés unis de Leeds et Grenville à réduire l’itinérance chronique de 49 % entre octobre 2025 et août 2026.

« Pendant plusieurs années, nous n’avions pas de ressources… l’itinérance était en augmentation… c’était vraiment décourageant. Nous voyions les mêmes personnes se présenter [en quête d’un logement et de soutiens] jour après jour et nous n’avions rien à leur offrir », se désole Tracy Birtch, qui travaille comme cheffe d’équipe pour l’itinérance dans les comtés unis depuis cinq ans.
« Voir un projet comme celui-ci se réaliser et commencer à remarquer des changements et des progrès, les nombres qui diminuent… ces avancées démontrent que c’est possible [de mettre fin à l’itinérance] », affirme-t-elle.
Grâce au financement provincial par l’entremise du Programme de prévention de l’itinérance, de l’Initiative liée aux priorités de l’Ontario en matière de logement et du financement municipal, les comtés unis de Leeds et Grenville ont pu construire les 25 premières habitations sur le terrain loué par les comtés à la Ville de Brockville. Pour encourager ce plan, la Ville de Brockville a exonéré les frais de location pour la première année d’activités.
La Société John Howard (SJH) de Kingston et son District s’est engagée à assurer le bon fonctionnement des logements avec services de soutien. En février 2025, l’organisme a commencé à attribuer les logements aux personnes en situation d’itinérance depuis le plus longtemps, priorisées et sélectionnées à partir du répertoire de données individualisées (RDI) des comtés et de la table d’accès coordonné.
Peu après, à l’automne 2025, les comtés unis ont lancé leur partenariat stratégique avec l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI) et ont reçu un financement de 836 220 $ du gouvernement fédéral par l’intermédiaire du Fonds d’innovation pour réduire l’itinérance (FIRI). Ces nouvelles ressources financières leur ont permis d’ouvrir les portes et d’embaucher le personnel nécessaire pour 24 logements avec services de soutien additionnels dans l’immeuble voisin. Le FIRI soutient les projets d’amélioration fondés sur les données visant à réduire la population en situation d’itinérance de façon mesurable tout en générant des apprentissages pouvant soutenir les efforts semblables partout au Canada.
Les conseiller·e·s en amélioration de l’ACMFI ont travaillé avec les comtés unis pour élaborer un projet basé sur les données de la communauté et sur les besoins locaux. Iels ont offert un accompagnement continu afin de s’assurer que le projet respecte les principes de l’approche Logement d’abord (ou stabilité résidentielle avec accompagnement) et pour garantir une gestion des cas sur le site qui concorde aux pratiques exemplaires. Ainsi, chaque personne résidente bénéficie des ressources dont elle a besoin.
Grâce à ce projet, un nouveau modèle de logements avec services de soutien intensifs pour les personnes ayant les besoins les plus complexes a pu être mis en place pour la première fois dans les comtés. Ce modèle hybride de financement combine les ressources municipales, des comtés, provinciales et fédérales ainsi que l’expertise sectorielle issue d’organismes communautaires.
« C’était l’une des premières fois dans le coin où nous avons vu notre gouvernement municipal unir ses forces avec les comtés unis dans la réalisation de ce projet avec les fonds provinciaux et fédéraux », souligne Robyn Holmes, directrice générale adjointe de la SJH de Kingston et son District.
« Nous avons eu le soutien de notre député local et des député·e·s du gouvernement provincial qui nous encouragent à chaque étape du processus », ajoute-t-elle.
Selon Francisco Urrutia, conseiller en amélioration responsable des comtés unis de Leeds et Grenville, ce projet montre ce qui est possible quand les leaders politiques font de la réduction de l’itinérance une priorité et travaillent ensemble pour rendre les ressources et les logements disponibles.
« Les comtés unis travaillent fort pour bâtir un système solide de gestion de l’itinérance. Les parties prenantes connaissent chaque personne en situation d’itinérance par nom et les organismes communautaires collaborent pour agencer les gens aux logements et aux ressources dont ils ont besoin », explique Urrutia.
« Cela signifie que la collectivité comprend qu’elle doit tirer le maximum de ces nouveaux logements avec services de soutien pour réduire l’itinérance sur son territoire en les offrant aux personnes qui la vivent depuis le plus longtemps. »
Quand on commence par le logement, la guérison suit de près
Lors d’un mercredi après-midi ensoleillé, une équipe de personnes entre dans un immeuble modulaire tout près des habitations avec services de soutien. Elles y rangent les chaises sous les bureaux et y installent une salle d’examen médical temporaire.
Certain·e·s y sont pour aider les personnes résidentes à envoyer une demande pour obtenir leurs pièces d’identité, leurs cartes d’assurance maladie et pour les aider à s’inscrire au programme d’assurance dentaire ou aux programmes d’aide au revenu de la province.
Debbie Champ, une infirmière praticienne dans l’équipe de proximité de Summit Community Paramedic, est sur place pour offrir des suivis médicaux. Ce service est d’une grande utilité pour plusieurs locataires qui n’ont pas de médecin de famille, dans une ville dépourvue de cliniques sans rendez-vous.
« Sans logement, comment est-ce possible d’avoir une alimentation stable ou d’accéder à des soins de santé ? Les gens vivent dans un stress énorme à essayer de protéger leur sécurité et de rester au chaud… la majorité des gens est en mode survie en permanence », avance Champ.

« Sans logement, les gens n’ont aucun accès aux soins de santé… nous allons donc à leur rencontre ; c’est ce que nous faisons ici, parce que c’est l’endroit où vivent beaucoup des personnes qui étaient précédemment sans domicile. »
Lorsque des gens sont en situation d’itinérance, les soins de santé sont principalement axés sur la gestion de crises : s’assurer qu’ils ont des chaussures et des vêtements chauds et secs, de la nourriture, qu’ils peuvent prendre soin de leurs blessures, par exemple. Une fois qu’ils ont trouvé un logement stable, ces gens peuvent enfin se concentrer sur la stabilisation de leur régime pharmacologique et sur leurs conditions de santé chroniques. Ils peuvent aussi se pencher sur des soins préventifs, comme ceux entourant le diabète, la maladie pulmonaire obstructive chronique, l’hypertension, les vaccins et le dépistage du cancer.
Le logement est un déterminant social de la santé primordial. En effet, un logement stable et abordable est étroitement lié à la diminution des visites aux services d’urgence et à l’amélioration de la santé mentale et physique. Les premier·e·s répondant·e·s ont indiqué à la Société John Howard que le nombre d’appels pour des services d’urgence a diminué depuis l’ouverture des logements avec services de soutien.
Cela touche aussi aux démêlés avec le système de justice.
Jessie était en situation d’itinérance à Brockville pendant des années, passant parfois des nuits sur le divan d’ami·e·s ou dormant dehors.
« S’il y a une chose qu’on tient pour acquise, c’est l’accès à une douche. Je déteste les mauvaises odeurs, donc ça me rend dingue de ne pas y avoir accès pour me laver et répondre à mes besoins humains de base », admet-il.
Jessie navigue dans le système de justice depuis son enfance.
« J’ai des problèmes de confiance et des problèmes avec l’autorité. J’ai à peu près tous les acronymes possibles : TOP, TDAH, TOC, TSPT… j’ai des troubles qui touchent à beaucoup d’éléments de la vie sociale et à d’autres choses qui sont simples pour les autres », dit-il.
C’est la deuxième fois depuis ses 12 ans qu’il n’est ni en prison, ni en probation, ni face à des accusations criminelles. Il remercie sa gestionnaire de cas intensif, qui l’a aidé à demeurer organisé, à comparaitre en cour et à respecter ses ordonnances de probation.
« Ça m’enlève beaucoup d’anxiété… elle me comprenait. Elle prenait le temps… elle était patiente et tenace. »
Un logement permanent pour certain·e·s, un tremplin pour d’autres
Toutes les personnes participantes au programme de logement des comtés unis avaient été en situation d’itinérance pendant au moins six mois avant leur arrivée.
Steve avait passé près d’un an dans la rue après qu’un incendie eut ravagé son logement précédent.
Jerry n’avait jamais vécu l’expérience de l’itinérance avant le décès de son père, mais il ne pouvait plus payer son loyer et avait abouti dans la rue pendant plusieurs années.
Kevin, quant à lui, avait travaillé toute sa vie et acheté une maison à l’âge de 19 ans. Après une rupture familiale, il avait déménagé de sa maison et passait alternativement la nuit chez des ami·e·s ou dans des locations à court terme. À la suite d’une maladie grave qui l’a rendu incapable de travailler, ainsi qu’une éviction inattendue de son logement infesté de punaises de lit, Kevin s’était retrouvé coincé en situation d’itinérance pendant des années.
« Avant, j’étais propriétaire d’une maison et maintenant, je suis en situation d’itinérance : tout ce changement en quelques années seulement. C’est une pente abrupte, un problème après l’autre… pendant longtemps, j’ai cru que ça ne s’arrêterait jamais. Ma situation ne faisait que s’empirer continuellement », se souvient-il.
Pour ces trois hommes, nés et ayant grandi à Brockville, c’est une série inattendue de crises imprévues qui les a conduits à la rue. Avec la hausse des prix des logements et le manque de logements très abordables, l’itinérance les a happés.
« Ça a pris beaucoup de temps, mais me voici. Ma situation commence enfin à s’améliorer », se réjouit Kevin.
Au programme de logements avec services de soutien, les gens ont un chez-soi permanent. Ils peuvent y rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Des ressources sont également disponibles pour les personnes qui souhaitent trouver leur propre appartement et vivre de manière autonome dans un appartement du marché privé ou hors marché.
C’est précisément l’objectif de ces trois hommes.
« Cet endroit est un tremplin qui me permettra de retrouver mon propre logement… Je suis à la recherche de quelque chose de bien, quelque chose de petit… mais c’est un enjeu financier et je pense que c’est le cas pour la majorité des gens ici. Ils n’ont pas les moyens. Soit tu payes ton loyer, soit tu crèves de faim », déplore Steve.
Selon Robyn Holmes, responsable de la SJH de Kingston et son District, le nombre de logements à prix modique disponibles pour les personnes en situation d’itinérance et à revenu faible a diminué.
Le bureau local de la Société John Howard tente de bâtir plus de relations avec les propriétaires du coin et explore un vaste éventail d’autres options de logements, dont des chambres à louer et des réseaux familiaux, mais les options abordables sont assez limitées dans une petite communauté comme Brockville.
En attendant, les allocations pour le logement peuvent aider à combler l’écart entre les revenus d’une personne et le prix de son loyer, mais celles-ci sont limitées et difficiles à obtenir. En effet, ces allocations exigent parfois un bail en main. De plus, elles ne sont pas offertes à long terme, ce qui expose une personne ayant un revenu fixe au risque de se retrouver de nouveau en situation d’itinérance au terme de l’allocation.

« Au bout du compte, nous voulons voir tout le monde dans un logement sécuritaire, convenable et accessible pour répondre à leurs besoins physiques, mentaux et émotionnels. C’est ce que chaque personne mérite », affirme Holmes.
Les comtés unis ont élaboré un plan décennal pour réduire l’itinérance, qui comprend l’objectif de créer 150 logements avec services de soutien d’ici 2035. Cet immeuble de logements et ces minimaisons avec services de soutien ont déjà aidé les comtés unis de Leeds et Grenville à atteindre le tiers de cet objectif.
Toutefois, pour réduire l’itinérance, pour y mettre fin et ultimement pour la prévenir, le pays a besoin de plus de logements très abordables, hors marché, avec services de soutien et dotés des ressources nécessaires pour aider les gens à maintenir leur logement à long terme.
*Cette Éclaircie est financée par le gouvernement du Canada.