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À St. John’s, les personnes ayant l’expérience vécue réécrivent le récit de l’itinérance

15 January 2026 - 5:19 pm / Nouvelles

Une série de photographies orne les murs du couloir d’Horizons at 106, un immeuble de 100 logements transitoires avec services de soutien géré par End Homelessness St. John’s (EHSJ) à Terre-Neuve. 

Sous l’image d’une vitre fracassée, on peut lire : « L’itinérance est chaos. Il n’y a jamais eu de calme, seulement du chaos. » 

« J’ai choisi cette image parce qu’on peut réparer du verre cassé, tout comme on peut résoudre l’itinérance », explique un·e résident·e d’Horizons at 106, qui a participé au projet. 

Un peu plus loin dans le même corridor, on peut lire : « Je me sentais si seul·e et perdu·e. J’avais besoin d’aide. » Ces phrases se trouvent sous la photo d’un bateau à voile solitaire qui vogue au cœur d’une vaste étendue d’eau. 

Ces images font partie d’un projet Photovoice récemment réalisé par EHSJ, en collaboration avec les résident·e·s d’Horizons at 106 et des personnes activement en situation d’itinérance. 

L’intention était d’offrir aux gens l’occasion de raconter leurs expériences d’itinérance à St. John’s afin de sensibiliser les décideur·se·s politiques et le grand public, indique Doug Pawson, le directeur général d’EHSJ.  

« L’itinérance peut être une expérience très isolante. Il s’agit de personnes qui tombent entre les mailles du filet. Ce sont des gens qui passent d’un endroit à l’autre et qui ont vécu plusieurs traumatismes au cours de leur vie », affirme Pawson. 

« Que ces individus puissent raconter leurs expériences de manière si vulnérable, c’est vraiment émouvant. » 

Les personnes participantes du projet Photovoice ont été invitées à prendre des photos, à trouver des images et à raconter leurs histoires et leurs expériences d’itinérance. Le personnel a soutenu les participant·e·s en les aidant avec les images et en documentant leurs mots. 

[INSERT PHOTO + WORDS OF “I CAN SEE THE STEPS TO MY GREATNESS, I JUST CAN’T GET THERE” WITH STAIRS BEHIND A FENCE] 

La collection comprend aussi des images générées par intelligence artificielle qui évoquent les sentiments partagés. 

« J’ai choisi ces photographies pour montrer la réalité d’une situation d’itinérance et l’absence de soutiens ou de moyens de changer sa condition », explique une autre personne participante. 

Pour expliquer sa motivation à participer au projet, cette même personne dit, « Je veux que les gens comprennent les difficultés auxquelles les personnes en situation d’itinérance font face, au lieu de nous regarder et de penser que nous sommes de mauvaises personnes. Les gens doivent arrêter de nous juger et réaliser qu’à tout moment, ils pourraient se retrouver dans la même position. » 

Changer le discours du public à Terre-Neuve-et-Labrador 

Au cours des dernières années, End Homelessness St. John’s a produit différents contenus éducatifs pour le public au sujet de l’itinérance, ses causes et ses solutions. 

L’organisme a publié en 2024 un guide de communication intitulé « Comment aborder le sujet de l’itinérance à St. John’s ». 

« Je pense qu’on a rapidement tendance à faire des généralisations ou à stigmatiser les personnes en situation d’itinérance. De nombreuses manières, nous avons perdu notre capacité à réfléchir sur cette expérience, » suggère Pawson. 

« Nous savons que les gens ont de l’empathie parce que, lorsque des feux de forêt ont ravagé notre province durant l’été [2025], la réponse a été immédiate. Nous sommes capables de réagir avec empathie face à une crise aigüe, mais les crises chroniques comme l’itinérance sont vite mises de côté. Cette tendance m’inquiète énormément pour notre communauté et pour toutes les autres à travers le pays, » ajoute-t-il.  

Le Conseil des personnes ayant une expérience vécue d’End Homelessness St. John’s souhaitait éclairer le public sur les enjeux liés à l’itinérance après avoir remarqué que beaucoup de gens en parlaient de manière stigmatisante, en amalgamant souvent l’itinérance avec les enjeux de santé mentale et de dépendance. 

« Plusieurs personnes en situation d’itinérance ont des problèmes de santé mentale ou de consommation, mais ce sont des enjeux distincts, » note Pawson. 

« Quand on confond les choses, la stigmatisation qui en découle est malsaine. Cela ne génère rien de positif et ça détourne l’attention des solutions nécessaires, qui concernent tous les types de personnes, qu’elles soient logées ou non », explique-t-il. 

Le projet a mis un an entre sa conceptualisation et son impression. 

Il contient une variété de sections, dont celles sur les facteurs qui poussent les gens à la rue, sur les données relatives à l’itinérance à St. John’s, sur la façon de mettre fin à l’itinérance, sur les mythes et stéréotypes répandus, ainsi que sur les manières d’aborder ce phénomène. 

Voyez comment les récits sont réécrits.

Une fois la première ébauche complétée, elle a été révisée par le Conseil de personnes ayant une expérience vécue afin d’assurer que le message était clair et qu’il reflétait leurs voix et perspectives. 

La publication du livret, plus tard la même année, a rapidement été accueillie avec éloges et enthousiasme. 

Universitaires, journalistes, fonctionnaires, membres du personnel du secteur de l’itinérance : la liste de personnes qui ont communiqué avec nous par rapport au projet était fulgurante, selon Pawson. 

Le personnel d’EHSJ distribuait le livret partout où il allait. Et Pawson remarque une différence dans le discours public. 

« J’ai entendu des personnalités publiques du coin parler de “personnes en situation d’itinérance” [people experiencing homelessness] plutôt que de “personnes itinérantes” [homeless people]. Elles corrigent les gens en direct. Par exemple, une personne animatrice a corrigé des gens en disant : “ce ne sont pas toutes les personnes en situation d’itinérance qui ont des problèmes de consommation” », raconte-t-il. 

« Ça prend du temps. Ça prend des ressources, mais ça fait la différence. La création de contenu qui recentre l’empathie vaut la chandelle : les retombées sont vraiment positives. » 

La transparence permet la responsabilisation dans le travail pour mettre fin à l’itinérance 

End Homelessness St. John’s est l’organisme communautaire désigné responsable de gérer le programme fédéral Vers un chez-soi. 

L’organisme administre le système d’information partagé qui assure le suivi des personnes en situation d’itinérance en temps réel, des données individualisées, et de la table d’accès coordonné. Cette dernière constitue le lieu de rassemblement des organismes communautaires qui établissent conjointement des priorités et qui accompagnent les individus dans leur transition de l’itinérance à un logement stable. 

Les données individualisées et la table d’accès coordonné sont les deux éléments essentiels à un système local de gestion de l’itinérance efficace et adapté, selon l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI). L’ACMFI accompagne les communautés dans la création et l’amélioration de systèmes de gestion de l’itinérance afin que cette gestion permette éventuellement d’y mettre fin. 

En tant qu’organisme chargé de la planification des systèmes à St. John’s, Pawson souligne l’importance de s’engager dans des projets d’éducation du public qui, d’une part, diffusent les voix des personnes qui utilisent le système de soutiens et, d’autre part, renseignent le public large au sujet des retombées du système. 

« Nous assumons la responsabilité et démontrons notre leadership en matière de défense des droits, en étant honnêtes à propos de ce qui fonctionne bien et de ce qui fonctionne moins bien », affirme Pawson. 

L’organisme a récemment mis à jour et publié un tableau de bord sur l’itinérance sur son site web, offrant des mises à jour mensuelles sur la quantité de personnes en situation d’itinérance et le nombre de personnes qui ont eu accès à un logement. 

« Nous voulons mettre les données à l’avant-plan pour assurer une plus grande transparence. Si nous pouvons faire preuve de transparence, nous pouvons nous responsabiliser : c’est ce que nous voulons de la part de nos partenaires gouvernementaux », affirme Pawson. 

« Nous entendons souvent que l’itinérance est un choix politique et une défaillance des politiques publiques. Nous voulons que les décideur·se·s politiques aient cette information à portée de main. C’est la même chose avec les médias et le public. » 

Partout au Canada, les communautés peinent à cadrer l’itinérance comme étant un enjeu systémique ayant des causes profondes plutôt que comme le résultat d’échecs personnels, note Chantal Perry, la conseillère principale en amélioration de l’ACMFI pour St. John’s. 

« Éduquer le public au sujet de l’itinérance et humaniser l’enjeu sont des étapes cruciales pour déboulonner les mythes préjudiciables, cultiver l’empathie et mobiliser l’appui politique et public. Un public bien informé sera plus enclin à militer pour des politiques efficaces et fondées sur les données et pour des changements systémiques qui mettent fin à l’itinérance, plutôt que pour des mesures réactives ou agressives qui criminalisent les personnes dans la rue, » explique Perry. 

« Depuis que je travaille avec End Homelessness St. John’s, je vois l’équipe s’efforcer de centraliser les personnes en situation d’itinérance dans son système de gestion local. Ses efforts pour éduquer le public sont cruciaux pour renforcer la volonté communautaire et les mesures concrètes visant à mettre fin à l’itinérance. » 

Terre-Neuve-et-Labrador 

Des projets d’éducation du public ancrés dans l’expérience vécue

Des projets d’éducation du public ancrés dans l’expérience vécue 

Tous les projets d’éducation du public créés par End Homelessness St. John’s sont approuvés par leur Conseil de personnes ayant une expérience vécue. 

« Nous désirons véritablement nous assurer que ces projets sont ancrés dans les perspectives des personnes ayant une expérience vécue. De plus, nous voulons nous assurer de bien représenter leurs intérêts », explique Pawson. 

Il ajoute que ça prend plus de temps, mais que ça vaut le coup. 

« Ultimement, les gens y reconnaissent leur voix ou leurs idées et savent que ces dernières changeront le discours du public d’une manière qui leur apporte davantage de sécurité », conclut Pawson. 

Les personnes participantes du projet Photovoice partagent ce sentiment. 

« C’est génial [de voir ce projet Photovoice affiché], parce que, si mon histoire aide à motiver d’autres gens, alors j’ai l’impression d’avoir fait ma part. » dit l’une d’entre elles. 

« C’est incroyable de le voir et de savoir que je fais partie de ce projet », affirme une autre personne participante. 

« 1000 pour cent nécessaire. » 

Pour plus d’informations sur End Homelessness St. John’s, veuillez consulter ces ressources (en anglais seulement) : 

Ce projet a été financé par le gouvernement du Canada.