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Au-delà des besoins de base : l’équipe de travail de rue de Lambton met en action l’approche Logement d’abord

16 June 2026 - 4:10 pm / Nouvelles

*Note sur le contenu Cet article mentionne la violence domestique et sexuelle. Si vous avez besoin d’aide ou si un·e de vos proches a besoin d’aide, vous pouvez trouver des ressources à ce lien.

Éléments à retenir pour les communautés

  • Les services de proximité composent une partie du système de gestion de l’itinérance et ne constituent pas une facette isoléeLes services de proximité axés sur le logement fonctionnent seulement lorsqu’ils sont étroitement liés à d’autres parties du système, dont le répertoire de données individualisées, l’accès coordonné et les ressources en matière de logement.
  • Rencontrez les personnes là où elles se trouvent, mais ne les laissez pas là. Les services de proximité efficaces trouvent le juste équilibre entre deux aspects : d’une part, ils répondent aux besoins immédiats, comme la sécurité, la santé et les besoins primaires. Cette réponse d’urgence ne remplace toutefois pas, d’autre part, les efforts visant à rapprocher les gens de logements permanents.
  • La coordination systématique régulière de plusieurs équipes de proximité travaillant dans la même région minimise le chevauchement des services et améliore la collaboration pour ultimement réduire l’itinérance.

Trois cotons ouatés jaune vif se frayent un chemin dans un boisé du comté de Lambton. 

Ils arrivent à une petite clairière, où se trouvent deux grandes tentes et quelques articles suspendus aux arbres. 

« Bon matin! Travail de rue. Il y a quelqu’un? Nous avons des collations et des boissons ce matin », annonce Dane Hanson, un travailleur de rue communautaire du département de prévention de l’itinérance et de planification sociale du comté de Lambton. 

Ce petit campement, éloigné de la communauté, se trouve à cet endroit depuis un certain temps, quoique ses résident·e·s changent au fil du temps. Hansen confirme toutefois que ce sont les mêmes deux personnes habituelles qui y sont installées aujourd’hui. 

« Les personnes qui vivent ici en ce moment sont en processus de préparation de leur demande pour le loyer indexé sur le revenu… pour qu’elles puissent toujours payer leur loyer, peu importe leur situation financière. Nous sommes actuellement à la recherche des dernières pièces du casse-tête », explique-t-il.

Dane Hanson est un travailleur de rue communautaire du département de prévention de l’itinérance et de planification sociale du comté de Lambton.

L’équipe de travail de rue composée de trois membres a mis fin à l’itinérance pour un total de 117 personnes, les aidant à emménager directement dans des logements sécuritaires et abordables. 

Il s’agit d’une contribution majeure au système de gestion de l’itinérance du comté, qui soutient en moyenne plus de 300 personnes à tout moment. C’est un nombre qui reste relativement stable, puisque de plus en plus de personnes se retrouvent en situation d’itinérance, même si plusieurs autres trouvent un logement. 

« Alors que nous voyons de plus en plus de personnes se retrouver en situation d’itinérance et s’installer dans des campements, la quantité d’équipes de proximité a augmenté dans les communautés partout au Canada. Toutefois, considérant la quantité de besoins urgents à répondre, c’est facile de perdre contact avec l’objectif ultime : de trouver des logements pour les gens », note Dawn Wheadon, conseillère en amélioration responsable de cette communauté à l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI). 

« L’équipe de travail de rue du comté de Lambton nous montre ce qui devient possible quand les équipes de proximité vont au-delà des besoins de base et de l’établissement de relations et s’assurent plutôt que leur point de contact fondamental centralise le logement », ajoute Wheadon. 

Les services de proximité axés sur le logement 

L’équipe de travail de rue du comté de Lambton a été créée à l’automne 2022 en réponse à l’augmentation de la quantité de personnes en situation d’itinérance hors refuge, avance Sarah Churchill, superviseure du programme de prévention de l’itinérance du comté de Lambton. 

« Pour les personnes qui ont des besoins plus complexes ou uniques auxquels on ne peut pas répondre dans le contexte d’un bureau, ou pour celles qui sont méfiantes des institutions… l’équipe a été créée pour répondre à leurs besoins », affirme Churchill. 

Sur le terrain comme au bureau, l’équipe est animée par la volonté de rejoindre les gens là où ils se trouvent et d’éliminer les barrières d’accès au logement. 

« Si tu vis dehors, mettre tes papiers en ordre n’est probablement pas ta priorité. Tu essaies seulement de survivre jour après jour. Même pendant une bonne journée, le système peut être difficile à naviguer », remarque Hansen. 

« Ça aide d’avoir des gens comme nous à tes côtés. » 

L’équipe peut, par exemple, aider dans l’obtention de documents d’identification, la production d’une déclaration de revenus, l’ouverture d’un compte bancaire, le dépôt d’une demande pour l’aide au revenu et pour des logements à loyer indexé sur le revenu. 

« L’itinérance, c’est tout transporter avec toi » 

Le point culminant de l’itinérance visible à Sarnia était pendant l’été 2024, où un campement de plus de 50 tentes était installé dans le parc Rainbow, près de l’eau, en plein cœur de la ville. 

Pendant des mois, l’équipe de travail de rue de la communauté visitait chaque jour le campement du parc Rainbow, renforçant ses liens avec les personnes qui y vivaient et les aidant à trouver un logement sécuritaire. 

C’est d’ailleurs là que l’équipe a rencontré Sarah Nickerson, qui vivait dans une tente avec son chien. 

Nickerson a grandi dans des foyers de groupe des services de protection de l’enfance de la province. À 18 ans, Nickerson a contacté sa mère afin de s’en rapprocher. 

« Ma mère et moi nous embrouillions sur certaines choses. Nous sommes très semblables. Elle est décédée, maintenant. Repose en paix, maman », prie Nickerson. 

Pendant les dix dernières années, Nickerson a vécu dans la précarité de logement, alternant entre l’itinérance et chez sa mère ou chez un·e partenaire.

« L’itinérance, c’est tout transporter avec toi pour ne pas te faire voler quoi que ce soit. C’est avoir de la difficulté à dormir. À rester au chaud. C’est installer une tente quelque part, jusqu’à ce qu’on me dise que je dois partir et puis trouver un nouvel endroit. »

« J’ai essayé de soumettre ma candidature pour des logements en étant en situation d’itinérance, mais avec L’Ontario au travail, tu reçois seulement 390 $ pour le loyer [pour un ménage d’une personne], et la majorité des appartements coûtent au moins 800 $ par mois, donc il n’y a pas grand-chose à faire. » 

Pendant ses visites au parc Rainbow, l’équipe de travail de rue de la communauté a bâti une relation avec Nickerson, lui offrant des collations, du jus et de l’aide pour rassembler ses documents et déposer une demande pour l’aide au revenu.

Pendant les dix dernières années, Nickerson a vécu dans la précarité de logement.

 

Après qu’elle ait survécu à de la violence conjugale pendant une rupture, l’équipe de travail de rue a pu la placer sur la liste d’hébergement. 

Peu après, la ville a proposé à Nickerson un appartement dans le quartier. Elle se souvient parfaitement du moment où elle a reçu l’appel. 

« J’ai crié. J’étais si heureuse », se remémore-t-elle. 

Nickerson dit que ce logement lui a offert le temps et la stabilité nécessaires pour accéder à des ressources et se consacrer à la guérison de ses traumatismes d’enfance et de violence sexuelle. 

« Dans les foyers de groupe où j’ai grandi et à l’école, on m’a dit que je n’accomplirais jamais quoi que ce soit, que je n’allais jamais être capable de vivre de façon autonome. Trouver ce logement était vraiment significatif pour moi. » 

Le comté coordonne les services de proximité dans toute la région 

De retour dans la voiture, l’équipe de travail de rue de la communauté parcoure les rues de Sarnia en direction du bureau, faisant une courte halte au coin d’une rue du centre-ville pour distribuer des collations et du jus à une personne qu’elle a reconnue. 

« Nous appelons les collations et les boissons nos outils relationnels” pour renforcer nos liens et faire en sorte que les personnes nous font confiance et nous laissent les aider à trouver un logement », admet Hansen.

Dane Hansen remplit son sac à dos de collations et de boîtes de jus à distribuer aux personnes en situation d’itinérance.

Au bureau, l’équipe arrive juste à temps pour sa réunion hebdomadaire de coordination des services de proximité. Pendant cette réunion, les équipes de proximité de différents organismes se rassemblent pour assurer une couverture complète du comté et pour identifier les barrières et les avenues pour mieux soutenir les personnes en situation d’itinérance. 

Le nombre de personnes vivant dehors dans des tentes ou d’autres abris fabriqués a diminué depuis l’arrivée de l’hiver, mais les solutions temporaires où les gens sont installés présentent quand même des enjeux. 

Certaines personnes cotisent leurs maigres chèques d’aide sociale afin de couvrir les frais pour vivre dans des accommodements temporaires qui sont dans des états inadéquats. 

Pendant la réunion, les équipes partagent des mises à jour en temps réel, coordonnent les suivis et répartissent les tâches dans l’objectif d’aider les personnes à transitionner vers des solutions plus sécuritaires. 

« J’aime me faire appeler par mon nom » 

De retour sur le terrain, l’équipe de travail de rue de la communauté passe par le carrefour AIDE, l’un des 28 carrefours financés par le gouvernement provincial pour le traitement de la dépendance et le rétablissement après une situation d’itinérance qui offre une vaste gamme de services sous un même toit. 

Depuis l’ouverture du programme à la fin de 2025, la travailleuse de rue Vjollca Bramham affirme avoir vu beaucoup de nouveaux visages de personnes sollicitant du soutien. En effet, de plus en plus de gens n’arrivent plus à payer leur loyer ou se retrouvent dans des situations précaires en matière de logement. 

Cependant, aujourd’hui, un visage familier attend l’équipe à la porte. Jason* est sur la liste d’attente pour un logement depuis des années. Il est en situation d’itinérance à intermittence, restant souvent sur des divans chez des ami·e·s ou de la famille. 

« J’aime que [l’équipe de travail de rue] m’appelle par mon nom », admet-il. 

Jason affirme avoir un trouble de personnalité limite. L’équipe de travail de rue l’aide à soumettre une demande pour le Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH), qui offre une allocation maximale pour le logement supérieure à L’Ontario au travail : jusqu’à 599 $ par mois pour une personne seule. 

Néanmoins, comme l’indique Jason, ce montant n’est pas suffisant pour payer un loyer. 

« Les choses bougent lentement en ce moment. Il n’y a pas beaucoup de logements », ajoute-t-il. 

« Maintenant, j’ai du temps » 

La pénurie de logements a contraint Hailey à vivre dans la rue à Sarnia. Pendant des années, elle est passée d’un campement à l’autre. 

« L’aide sociale ne suffit pas à payer les loyers du marché privé, donc tu dois attendre pour accéder à un logement social », déplore-t-elle. 

Elle n’est pas très optimiste face à la possibilité d’accéder à un logement communautaire : il faut attendre plus de quatre ans sur la liste d’attente avant d’obtenir un logement à loyer indexé sur le revenu. 

« Je cherchais toujours des appartements du marché privé comme option supplémentaire, parce que je préférerais dépenser tout mon chèque plutôt que de vivre dans une tente », assure Hailey, ajoutant qu’elle a tenté à plusieurs reprises de trouver un endroit abordable à partager avec des ami·e·s en cotisant leur aide sociale. Elle n’a toutefois pas trouvé d’option convenable. 

« C’est difficile de trouver un travail, surtout si on n’a pas fini le secondaire… et c’est encore plus vrai quand on est en situation d’itinérance. Parce que ce n’est pas réaliste de quitter ta tente et tes choses pendant aussi longtemps pour aller à l’école ou au travail : à ton retour, toutes tes choses auront disparu ». 

En février 2025, Hailey a reçu un appel l’informant de la disponibilité d’un logement et qu’elle pouvait l’avoir si elle le voulait.

En février 2025, Hailey a reçu un appel l’informant de la disponibilité d’un logement et qu’elle pouvait l’avoir si elle le voulait. En avril, elle avait un chez-soi bien à elle pour la première fois depuis trois ans. 

« Maintenant, j’ai du temps pour essayer d’améliorer ma vie un peu », se réjouit-elle. 

Depuis son emménagement chez elle, Hailey a constaté une nette amélioration de sa santé. Elle songe à s’inscrire au Certificat canadien d’éducation des adultes (CCEA) afin de renforcer son CV. 

Hailey ne s’arrête pas là. Elle tricote des mitaines pour les distribuer aux personnes qui dorment dehors dans le froid et elle a rejoint le comité A Better Tomorrow du comté. Le comité est composé de personnes ayant une expérience vécue d’itinérance. Chaque mois, elles se rassemblent pour contribuer leur expertise et aider à façonner les programmes et les systèmes locaux de gestion de l’itinérance. 

« Ça pourrait arriver à n’importe qui. Beaucoup de personnes sont à un paiement près de se retrouver dehors avec nous », souligne-t-elle. 

Plus de logements abordables et avec services de soutien sont à venir à Lambton 

La stigmatisation entourant les personnes en situation d’itinérance rend la recherche de logement encore plus difficile. 

« Trouver un appartement en tant que personne seule relève presque de l’impossible, à moins de bénéficier d’un logement subventionné », constate Hansen. 

« Parfois, si un propriétaire entend qu’une personne est inscrite à L’Ontario au travail, il refuse automatiquement sa candidature. S’il entend que tu n’as pas d’historique de logement parce que tu vis dans une tente, tu n’as même pas de réponse. » 

L’équipe de travail de rue de la communauté du comté de Lambton constitue la première étape dans le système de soutien coordonné. Dès qu’une occasion de loger une personne se présente, le département plus large des services sociaux du comté prête main-forte aux démarches.  

Même au sein d’un marché difficile, des gens parviennent à trouver un logement. De nouveaux appartements abordables sont actuellement en construction, tandis que des logements avec services de soutien devraient prochainement être disponibles dans le comté de Lambton. 

Au fil de ce progrès, l’équipe de travail de rue de la communauté du comté de Lambton continuera d’aider les personnes en situation d’itinérance à organiser leurs documents, à ajouter leurs noms à des listes d’attente et à trouver des logements sécuritaires et abordables coûte que coûte. 

*Cette Éclaircie est financée par le gouvernement du Canada.