*Avertissement sur le contenu : Cet article mentionne l’automutilation. Si vous avez besoin d’aide ou si un·e de vos proches a besoin d’aide, vous pouvez appeler ou envoyer un message texte à la Ligne d’aide en cas de crise de suicide du Canada en composant le 988, ou communiquer avec Jeunesse, j’écoute.
Éléments à retenir pour les communautés
- Le parcours de logement de chaque personne est unique. Les personnes en situation d’itinérance ont besoin de soutien adapté pour s’assurer de trouver et de maintenir un chez-soi sécuritaire, convenable et abordable.maintain safe, decent and affordable places to call home.
- Les responsables de la planification des systèmes conçus pour réduire l’itinérance doivent s’assurer que leurs communautés bénéficient d’une gamme diversifiée d’options de logements et de soutiens.
À 14 ans, Dayna Clark a quitté la maison de ses parents. Elle cherchait à s’enfuir d’une enfance traumatisante alors qu’elle était aux prises avec des enjeux de santé mentale et d’automutilation.
S’ensuivirent deux années marquées par la précarité de logement et l’itinérance.
« J’étais en situation d’itinérance avec mon partenaire, qui était aussi un jeune. Nous vivions ensemble dans la rue parce que nous n’avions nulle part où aller où nous pouvions tous·tes les deux être en sécurité, où l’on nous accepterait », raconte Clark.
Sur des divans d’ami·e·s. À la belle étoile. Sur des planchers ou dans des refuges. Clark affirme avoir tout essayé.
« Les expériences que j’ai dû traverser étaient vraiment, vraiment difficiles. Nous n’avions pas ce programme, note-t-elle. J’ai fini enceinte avec mon premier fils, et c’est là que j’ai décidé que j’allais terminer le secondaire et changer ma vie ».
Clark s’appuie sur cette expérience vécue dans son travail au sein de l’équipe de soutien à la transition de la Société Elizabeth Fry à Ethen’s Place, un programme de relogement rapide pour les jeunes âgé·e·s de 16 à 24 ans à Orillia, en Ontario.

Dayna Clark travaille dans l’équipe de soutien à la transition de la Société Elizabeth Fry à Ethen’s Place.
C’est l’un de deux programmes de relogement rapide financés par le comté de Simcoe, qui ont déjà collectivement aidé 40 jeunes et personnes âgées à sortir de l’itinérance et à emménager dans des logements sûrs et abordables depuis leur inauguration en 2024.
Les programmes sont conçus pour aider les gens ayant des besoins de soutien légers à modérés à se rétablir de leurs expériences d’itinérance, à trouver des ressources communautaires et de l’aide sociale au besoin, et, enfin, à trouver un chez-soi permanent. Le premier, Ethen’s Place, compte 14 chambres à Orillia. Le deuxième, Rodger’s Way, offre 13 chambres à Collingwood pour les personnes âgées de 55 ans et plus.
Les deux installations, précédemment utilisées comme camps miniers dans le nord de l’Alberta, ont été achetées pour soutenir des programmes résidentiels temporaires, qui ont plus tard été convertis en programmes de relogement rapide.
« Chaque personne a des forces et des difficultés uniques ; une variété d’options de logements et de soutiens sont donc nécessaires pour trouver un chez-soi sécuritaire à tout le monde », explique Ashley Barnes-Cocke, conseiller·e en amélioration responsable du comté de Simcoe à l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI).
« Ces deux programmes de relogement rapide, ainsi que le projet de logements passerelles du comté, sont des initiatives importantes et complémentaires qui réduisent l’itinérance en construisant un éventail d’options », ajoute Barnes-Cocke
Ethen’s Place : « la première fois dans ma vie où je me sens en sécurité »
Clark raconte connaître un jeune qui dormait dans un tunnel sous un pont depuis un bon moment. Un de ses amis s’en est rendu compte et a demandé à sa famille de l’héberger pendant quelques années.
Après un séjour dans un refuge, ce jeune est arrivé à Ethen’s Place.
« C’est un exemple d’une histoire parmi tant d’autres où les jeunes cachent leur situation aux autres et ne veulent pas demander d’aide. Sans cet ami qui lui a offert de venir vivre dans sa famille, qui sait ce qui aurait pu lui arriver », s’inquiète Clark.
« J’ai souvent entendu des jeunes arriver ici et me dire, “c’est la première fois de ma vie où je me sens en sécurité” ».
Quand Violette* a emménagé à Ethen’s Place, elle venait de passer tout l’été à dormir sur le divan de la maison de la famille d’une amie, après plusieurs années tumultueuses.

Ethen’s Place est un programme de relogement rapide pour les jeunes âgé·e·s de 16 à 24 ans à Orillia.
Après la séparation de ses parents, Violette confie qu’elle et sa mère se disputaient souvent et que sa mère menaçait de la jeter dehors.
Une fois, Violette dit que sa mère l’a déposée devant un refuge d’urgence au centre-ville de Barrie, lui disant qu’elle ne pouvait plus rester à la maison.
« J’envoyais des messages texte à ma mère pour la supplier et m’excuser. Et juste avant 2 h du matin, elle a répondu, “OK, je peux être indulgente. Tu peux dormir dans le garage” » retrace Violette alors que les larmes coulent sur ses joues.
Finalement, elle a pu dormir dans sa chambre cette nuit-là. Le lendemain matin, Violette a mis ses essentiels dans un sac et s’est rendue à son école secondaire. Au lieu de rentrer à la maison après ses cours, elle a commencé à dormir chez des ami·e·s aussi longtemps qu’iels la laissaient rester.
Violette figurait dans le répertoire de données individualisées du comté de Simcoe comme jeune en situation d’itinérance. Elle a plus tard été dirigée vers Ethen’s Place par l’entremise de l’accès coordonné.
Les allocations pour le logement sont essentielles à l’abordabilité des loyers
Bien qu’il lui ait fallu une période d’adaptation au programme, Violette a éventuellement commencé à définir ses objectifs et à veiller à les atteindre. On l’a dirigée vers un·e thérapeute qui l’a aidée à arrêter l’automutilation, à gérer son anxiété et à bâtir sa confiance en elle.
En six mois, Violette a reçu une offre pour s’installer dans l’immeuble Oxford Street de la Société Elizabeth Fry. Cette maison de trois chambres offre un lieu de vie à des jeunes pendant une période allant jusqu’à un an. Dans l’espace, les jeunes accèdent au soutien d’une gestionnaire de cas intensifs alors qu’iels cherchent un appartement permanent du marché privé.
Violette a suivi des formations professionnelles, et avec l’aide de la gestionnaire de cas, a trouvé un emploi à temps partiel. La prochaine étape consistait à trouver son propre logement.
« Je ne savais pas quoi chercher. Tout est si dispendieux ; je n’arriverai pas à payer mon loyer. J’ai un bon salaire considérant l’endroit où je travaille comme premier emploi, mais avec le coût de la vie, ce n’est pas suffisant », observe-t-elle.
La gestionnaire de cas est revenue à la rescousse et a aidé Violette à trouver un endroit abordable avec l’aide du programme Allocation Canada-Ontario pour le logement. Ce programme offre des prestations mensuelles financées conjointement par les gouvernements fédéral et provincial afin de soutenir les personnes à faible revenu dans des conditions vulnérables pour qu’elles puissent payer leur loyer du marché privé.
Violette affirme maintenant se sentir stable et en sécurité dans son propre appartement, pour la première fois depuis des années.
Bien que les loyers moyens commencent à baisser dans plusieurs villes au pays, les prix des loyers du marché privé demeurent trop élevés pour de nombreuses personnes à faible revenu et qui dépendent de l’aide sociale, avance Maggie Rodrigues, la responsable des relations gouvernementales de l’ACMFI.
« L’histoire de Violette témoigne de l’importance d’une allocation pour le logement transférable. Élargir l’accès aiderait directement à mettre fin à l’itinérance pour plus de personnes canadiennes en leur permettant d’accéder au marché privé », affirme Rodrigues.
Rodger’s Way : relogement rapide d’aîné·e·s dans le comté de Simcoe
De 60 ans l’aîné de Violette, Pierre s’est retrouvé dans une situation similaire : déposé devant un refuge du centre-ville de Barrie.
Il n’arrive toujours pas à comprendre comme il en est arrivé là, après avoir enchaîné plusieurs carrières fructueuses au cours de sa vie, en tant que restaurateur, puis en tant que représentant commercial pour des entreprises canadiennes en Europe, et plus tard comme propriétaire d’un concessionnaire automobile et directeur général d’un organisme sans-but lucratif.
Il a pris sa retraite pour soutenir sa femme, qui venait de recevoir un diagnostic de cancer. Peu après son décès, Pierre a lui-même reçu un diagnostic de cancer du foie et a dû subir une opération d’urgence.
Quelques années plus tard, Pierre s’est fait à nouveau opérer, cette fois pour un cancer du côlon, qui a entrainé de graves complications et plusieurs comas, ainsi qu’un séjour hospitalier de quatre mois. Quand il était enfin assez en forme pour sortir de l’hôpital, il a appris que son compte épargne avait été vidé et qu’il avait été évincé.
« J’ai perdu ma voiture. Perdu mon appartement. Perdu ma famille. J’ai tout perdu. J’étais dans la rue avec un simple sac en plastique, deux chandails et deux paires de shorts », raconte Pierre.
« J’étais prêt à mourir. Où voulais-tu que j’aille ? Qu’est-ce qui allait se passer avec moi ? Et toute ma vie, j’étais gagnant, et tout à coup… les gens ne comprennent pas à quel point c’est stressant d’être en situation d’itinérance. »
Le comté de Simcoe a éventuellement dirigé Pierre vers Rodger’s Way Home à Collingwood à la fin de l’année 2025. Les données individualisées du comté ont permis à son personnel de connaître Pierre et le type de soutien dont il avait besoin pour l’aider à sortir de l’itinérance. En effet, l’accès coordonné a permis au personnel du comté de diriger Pierre vers Rodger’s Way aussitôt qu’une chambre s’est libérée pour lui.
« Ma santé est mieux ici que là-bas. Mentalement, je me sens mieux aussi », assure-t-il.
Le personnel de Contact Community Services, l’organisme qui gère le programme, accompagne Pierre dans sa guérison et l’aide à trouver un endroit abordable où vivre qui répond à ses besoins en matière d’accessibilité et de mobilité.
Lacey De Beer, la superviseure du programme de relogement rapide avec services de soutien, souligne que les aîné·e·s en situation d’itinérance de partout dans le comté de Simcoe ont recours à ce programme après avoir vécu dans des refuges, dans des voitures, dans des campements et dans la rue.

Lacey De Beer est la superviseure du programme de relogement rapide avec services de soutien.
« Nous essayons de leur permettre de se reconstruire et de leur offrir une fondation solide pour qu’à leur sortie du programme, leur confiance leur permette de vivre de façon indépendante et de réussir. Nous voulons leur transmettre cette confiance profonde et inébranlable », explique De Beer.
Les personnes résidentes paient leur loyer, ajusté à l’équivalent de 30 % de leur revenu, et ont leur propre chambre et accès à la cuisine. Elles ont aussi un soutien 24 heures sur 24 pour établir et atteindre leurs objectifs et trouver leur logement permanent.
Le personnel du programme offre également un soutien d’au moins six mois à une personne résidente après son emménagement dans son propre appartement.
Jusqu’à présent, le programme semble fonctionner, affirme De Beer. Nos 17 ancien·ne·s résident·e·s qui ont emménagé dans leur nouveau chez-soi demeurent logé·e·s à ce jour.
Pierre ira visiter quelques espaces bientôt, pour voir s’ils répondent à ses besoins, dans l’espoir d’y emménager.
« J’aimerais continuer à vivre ma vie comme avant… Grâce au [personnel du programme], je reste heureux et je crois que l’avenir me réserve encore du beau », conclut Pierre.
*Cette Éclaircie est financée par le gouvernement du Canada.